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3 février 2005

   

Université Laval

Un marqueur marqué

Une équipe de la Faculté de médecine rapporte d'étonnantes fluctuations chez un marqueur de risque de maladies cardiaques

par Jean Hamann

L'enthousiasme engendré par un nouvel indicateur de risque de maladies cardiovasculaires, appelé CRP, pourrait bien s'avérer prématuré si on en juge par les résultats d'une étude menée au Centre de recherche de l'Hôpital Laval. Dans le dernier numéro de Archives of Internal Medicine, une publication de l'American Medical Association, les chercheurs Peter Bogaty, Luce Boyer, Gilles Dagenais, Serge Simard et Fernand Bertrand, de la Faculté de médecine, et leurs collègues montréalais Lawrence Joseph et James Brophy, rapportent que la CRP fluctue considérablement, sans raisons apparentes, lorsqu'elle est mesurée à répétition chez un même patient.

Depuis une dizaine d'années, la CRP (protéine C réactive) est saluée par une partie du monde médical comme la réponse au fait qu'une forte proportion de victimes d'accidents cardiaques possède un profil lipidique normal. Comme il n'est pas possible d'établir le niveau de risque de ces personnes à partir de leur taux de cholestérol, des chercheurs ont proposé d'ajouter la mesure de la CRP parmi les tests pratiqués de façon routinière lors des examens périodiques. La protéine C réactive est libérée dans le sang lors de la réponse inflammatoire d'un organisme soumis à des stress comme une infection ou une maladie cardiaque. La concentration de cette protéine permet de définir trois niveaux de risque: bas (<1 mg/L), modéré (de 1 à 3 mg/L) et élevé (>3 mg/L). Lorsqu'elle est utilisée en clinique, la CRP a une incidence sur le niveau de risque attribué à chaque patient, sur le type de traitement qui lui est prescrit et sur l'évaluation de l'efficacité de ce traitement lors du suivi médical.

L'équipe de Peter Bogaty a testé l'idée qu'un niveau de risque donné pouvait être associé à chaque patient en fonction de son résultat au test de la CRP. Pour ce faire, les chercheurs ont mesuré la concentration de cette protéine à répétition - de deux à huit reprises - lors du suivi de 159 patients qui avaient déjà eu des problèmes cardiaques, mais dont l'état était stable. L'intervalle entre les prises de sang variait de deux semaines à six ans, selon les sujets. À la surprise des chercheurs, 40 % des patients ont changé de catégorie de risque entre le premier et le second examen, peu importe si le temps écoulé était de quelques semaines ou de quelques années. "On s'attendait à ce que la valeur de la CRP fluctue, mais pas autant que ça, commente Peter Bogaty. Aucune raison apparente ne permet d'expliquer ces variations."

À la lumière de ces résultats, le chercheur juge qu'il est prématuré de prendre des décisions cliniques qui reposent sur la CRP. Ce test, encore peu utilisé au Canada, compte beaucoup d'adeptes parmi les médecins américains. D'ailleurs, une vaste étude internationale visant à évaluer le son potentiel dans la pratique médicale est en cours. "D'ici à ce que l'on en sache plus sur la CRP, on ne devrait pas l'utiliser en clinique, recommande Peter Bogaty. Sans parler de danger, je dirais que des décisions inappropriées pourraient être prises par des médecins qui l'utiliseraient pour planifier le traitement de leurs patients."