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3 février 2005

   

Université Laval

Pour la suite du monde

La Faculté des lettres se dote d'un laboratoire d'enquête ethnologique à la fine pointe de la technologie

par Yvon Larose

Le Laboratoire d'enquête ethnologique et de multimédia a été inauguré vendredi dernier, le 28 janvier, au pavillon Jean-Charles-Bonenfant. Selon Laurier Turgeon, professeur au Département d'histoire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique, ce lieu centralisé pour la cueillette, le traitement, la conservation et la diffusion des données recueillies lors d'enquêtes ethnologiques s'avère unique en son genre. "À notre connaissance, dit-il, il n'existe pas ailleurs au monde un tel laboratoire spécialisé en enquêtes ethnologiques, doté d'équipements multimédia dernier cri, avec une capacité de recherche nationale et internationale. C'est le mariage de l'expertise avec la nouvelle technologie. La numérisation du son, de l'image et du texte vient appuyer l'expertise développée depuis les années 1940 à l'Université Laval en matière de traitement et de conservation des archives sonores."

Le Laboratoire comprend principalement quinze postes de travail équipés chacun d'un ordinateur, d'une enregistreuse de son minidisc, d'un micro, et d'un appareil-photo numérique ou d'une caméra numérique. Les enquêtes se font sous plusieurs formes et sur des supports audio, visuel, analogique ou numérique. La technologie de pointe permet des enregistrements de grande qualité, une cueillette et un traitement des données plus efficace ainsi qu'une conservation améliorée de l'information.


La mondialisation fragilise les savoir-faire régionaux. Les produits du terroir et les produits artisanaux sont menacés par la concurrence de produits importés. Il est donc important de les recenser et des valoriser.


Un projet ambitieux
Le Laboratoire a démarré un premier projet d'envergure l'été dernier. Le financement est assuré, entre autres, par le Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières et le ministère de la Culture et des Communications du Québec. L'objectif consiste à inventorier les ressources ethnologiques du patrimoine culturel immatériel du territoire québécois. On en fera ensuite la valorisation sur le Web au moyen d'un répertoire informatisé accessible au citoyen comme au chercheur. De juin à août, deux équipes de quatre étudiants ont recensé les pratiques culturelles immatérielles dans le quartier italien de Montréal et dans trois MRC de la Mauricie. À Montréal, ils ont notamment enquêté sur une artisane spécialisée dans la fabrication à la main de sacs et de valises en cuir. En Mauricie, ils ont, entre autres, enquêté sur la confection de pain traditionnel.
La notion de patrimoine immatériel recouvre des réalités abstraites comme le geste, la parole ou la mémoire historique. "Notre défi est de montrer ces choses qui sont difficiles à saisir, comme les rites ou les savoir-faire, et encore plus difficiles à montrer, explique Laurier Turgeon. Faire l'inventaire d'une église consiste, pour l'essentiel, à prendre des photos et à remplir des fiches descriptives. Mais inventorier un rituel ou une fête populaire est beaucoup plus complexe. Grâce à la numérisation, nous pouvons construire une base de données et intégrer ensemble le son, l'image et le texte. Cela permet de concrétiser le sujet, de rendre le patrimoine immatériel plus tangible, plus matériel!"

Relever ce défi il y a à peine une dizaine d'années aurait été impossible, vu l'état d'avancement de la technologie. Plus maintenant. Sur le terrain, les enquêteurs du Laboratoire jouissent d'une plus grande mobilité et autonomie grâce à un équipement plus léger et polyvalent. Ils font usage de micro-ordinateurs portatifs, de micros, de caméras et d'appareils-photos. Ce même équipement, parce qu'il permet d'enregistrer textes, sons et images pendant une même sortie, permet de commencer sur place le traitement des données, ce qui réduit les coûts d'opération.

Une première
Ce projet d'inventaire constituerait une première au monde. Il s'inscrit dans le droit fil de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée par l'Unesco en 2003. Cette convention invitait les pays membres à dresser des inventaires sur leur territoire. "L'inventaire est la première étape dans le processus de sauvegarde, indique Laurier Turgeon. Il faut savoir ce que l'on a avant de savoir ce qu'on va conserver." Selon lui, personne d'autre n'a, jusqu'à présent, développé un mode d'inventaire efficace et à coûts peu élevés. "Le chef de la section du patrimoine immatériel de l'Unesco, ajoute-t-il, m'écrivait récemment que notre projet lui apparaissait extrêmement prometteur et qu'il pourrait devenir un modèle à suivre pour les pays membres."

La conservation du patrimoine culturel immatériel contribuera assurément à la conservation de la diversité culturelle dans le monde, à une époque où le phénomène de la mondialisation agit comme un rouleau compresseur sur les cultures. "La mondialisation rend encore plus nécessaire l'existence d'une infrastructure comme le Laboratoire, affirme Laurier Turgeon. La mondialisation fragilise le patrimoine qui est souvent assez local ou régional. Les savoir-faire régionaux comme les produits du terroir et les produits artisanaux, par exemple, sont menacés par la concurrence de produits importés. Il est donc important de les recenser et des valoriser."