Au fil des événements
 

27 janvier 2005

   

Université Laval

Invasion japonaise

La renouée japonaise a pris d'assaut le territoire québécois. Même le quartier Montcalm y passe!

par Jean Hamann

Elle croît très rapidement, elle s'adapte à tous les milieux et elle produit de jolis petits bouquets de fleurs blanches. Pas étonnant que plusieurs jardiniers amateurs bien intentionnés mais mal avisés se laissent duper et plantent de la renouée japonaise dans leurs plates-bandes. Mais, sous ses beaux atours, cette espèce originaire d'Asie cache un féroce envahisseur. L'étudiante Marie-Claire LeBlanc, du Département de géographie, l'a constaté en dressant la carte de répartition et d'abondance de Fallopia japonica dans le quartier Montcalm.
La renouée japonaise forme de vastes colonies qui étouffent la flore indigène
photo Marie-Claire LeBlanc

"Nous avons choisi ce quartier de la ville de Québec parce que plusieurs colonies y avaient déjà été détectées, mais aussi parce qu'on y trouve des espaces verts où l'envahisseur pourrait avoir des conséquences plus importantes sur la diversité végétale", a-t-elle expliqué, lors du colloque étudiant du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD), qui avait lieu le 21 janvier. Sous la direction de Claude Lavoie, professeur à l'École supérieure d'aménagement du territoire et du développement régional et membre du CRAD, Marie-Claire LeBlanc a parcouru les rues, ruelles, parcs, espaces verts et même les talus sud (falaise donnant sur le boulevard Champlain) et nord (coteau Sainte-Geneviève) bordant la colline de Québec, à la recherche de cette plante qui infiltre le territoire québécois sous diverses identités.

En fait, peu de gens connaissent la renouée japonaise sous son véritable nom. Au Canada, on entend tantôt bambou japonais, bambou mexicain et même bambou québécois (à chacun ses envahisseurs!), des noms qui font référence à sa tige creuse et à ses origines étrangères. Les anglophones la désignent aussi sous le nom de mile-a-minute weed, qui évoque le prodigieux taux de croissance et de propagation de cette plante de 2 mètres, ou encore de Hancock's curse (malédiction de Hancock), qui salue son increvable résistance au désherbage. Les rhizomes de cette plante peuvent plonger jusqu'à 5 mètres de profondeur dans le sol et un segment de 4 cm suffit pour produire une nouvelle tige. "Ces segments peuvent entrer en dormance pendant 10 ans avant d'être activés", précise Marie-Claire LeBlanc.

La beauté du diable
Sur le territoire de 4 km carrés qu'elle a étudié, l'étudiante a découvert 272 colonies de renouée japonaise, dont plus du tiers (37 %) comptent 100 tiges ou plus. Les colonies sont surtout localisées sur des terrains privés (42 %), mais elles débordent sur les milieux naturels (19 %), où elles forment d'immenses populations de plusieurs centaines de tiges. "Cette espèce menace la diversité végétale des talus du boulevard Champlain et du Coteau Sainte-Geneviève", estime-t-elle. La renouée japonaise sort de terre tôt au printemps et les colonies qu'elles forment bloquent la lumière aux autres plantes. En plus, ses racines produisent des toxines qui empêchent l'établissement d'autres espèces, ajoute-t-elle.

La renouée japonaise aurait fait son apparition en Europe vers 1850; 50 ans plus tard, elle débarquait en Amérique du Nord. Sa présence dans la région de Québec est signalée pour la première fois en 1942, dans un parterre de Limoilou. Les dommages qu'elle cause à l'environnement ont forcé l'Union internationale pour la conservation de la nature à l'inscrire dans sa liste des 100 pires espèces envahissantes de la planète.

Au pays, son statut est encore flou, mais la croissance rapide de ses populations ne laisse présager rien de bon. On ne lui connaît aucun ennemi naturel qui pourrait freiner sa course; en fait, elle dispose même d'alliés - les jardiniers amateurs - qui contribuent à sa propagation. Considérant les caractéristiques de la plante et le fait que les jardiniers pactisent avec l'ennemi, la guerre contre la renouée japonaise est-elle perdue d'avance? "Je ne crois pas, répond Marie Claire LeBlanc. Mais il est urgent que les gens sachent vraiment ce qu'est cette plante avant que la situation ne soit aussi grave qu'en France et qu'au Royaume-Uni.