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27 janvier 2005

   

Université Laval

Jean-François Lagarde: porté pales

Entrepreneuriat Laval a aidé ce diplômé de génie mécanique à s'attaquer au marché des appareils aériens autonomes

par Pascale Guéricolas

Cela ressemble à une histoire inventée, mais Jean-François Lagarde avait vraiment l'ambition, dès son plus jeune âge, de se lancer en affaires en construisant des cabanes dans les arbres. Le garçonnet avait même identifié des clients potentiels, des modèles et des fournisseurs. Il lui a toutefois fallu attendre l'âge canonique de 21 ans pour qu'un projet étudiant de construction d'un appareil aérien autonome lui donne l'opportunité de réaliser son rêve de devenir entrepreneur.

"C'est un nouveau secteur encore peu exploité mais qui possède un énorme potentiel, s'enthousiasme le fondateur de SauTech Innovations. Pour l'instant, ce sont surtout les militaires qui utilisent ce genre d'appareil mais les Japonais l'emploient aussi lorsqu'ils arrosent des champs de pesticides ou d'insecticides." Depuis plus d'un an ce diplômé de la Faculté des sciences et de génie travaille donc sur un prototype d'hélicoptère en modèle réduit équipé d'une plate-forme électronique, un UAV (pour Unmanned Aerial Vehicle).

Contrairement à un engin téléguidé, cet appareil de1,80 mètre de diamètre d'un bout de la pale à l'autre et d'un poids de dix livres se déplace de façon autonome grâce à une pré-programmation informatique. "Il utilise d'abord un GPS pour connaître sa position approximative dans l'espace, puis la compare avec une consigne envoyée par un ordinateur ou un opérateur au sol par un lien radio." "Par exemple, précise le jeune entrepreneur, on peut demander à l'appareil de se rendre au-dessus de telle ou telle rivière à telle coordonnée GPS et le prototype tourne alors de 45 degrés vers l'est et avance de 5 km pour s'y conformer. L'opérateur peut également pré-programmer l'appareil pour se rendre à une série de sites spécifiques, l'unà la suite de l'autre, en suivant des droites, en traçant des cercles dans le ciel, et voler entre vingt minutes à deux heures selon le poids de l'équipement transporté. Plusieurs clients potentiels pourraient être intéressés par une telle technologie."

Parmi ces clients Jean-François Lagarde cible en premier lieu le ministère des Ressources naturelles lorsqu'il s'agit d'effectuer des relevés de terrain pour la cartographie, mais aussi des services de recherche et de sauvetage ou de surveillance aérienne des cours d'eau. Il revient en effet bien moins cher d'envoyer un UAV rechercher un skieur victime d'une avalanche ou prendre des clichés d'une rivière en crue que de louer un hélicoptère traditionnel conduit par un pilote.

Un bon coup de pouce
Alors qu'il était inscrit au Département de génie mécanique de l'Université Laval, Jean-François Lagarde a décidé, dès septembre 2003, de compléter ses connaissances du monde des affaires. Il a donc suivi plusieurs des cours offerts par Entrepreneuriat Laval sur les états financiers, les réseaux de contacts, la commercialisation, les cartes d'affaires. "Cela correspondait parfaitement à mes besoins, témoigne-t-il. Les conseillers d'Entrepreneuriat Laval m'ont expliqué également comment approcher des organismes comme le Centre national de recherche du Canada, et j'ai pu aussi gagner des prix au Concours québécois en en entrepreneurship."

Ces quelques bourses et subventions lui ont permis de défrayer une partie des sommes investies dans le premier prototype, le reste de l'investissement venant de son propre porte-monnaie. "Je m'attendais à m'investir beaucoup dans mon entreprise, explique Jean-François Lagarde, mais si j'avais un conseil à donner ce serait de suggérer aux étudiants de consacrer leur maîtrise à leur projet pour ne pas perdre du temps en recherche et développement lorsqu'ils démarrent."

Cap sur la Gaspésie
L'entrepreneur a choisi d'utiliser un modèle déjà commercialisé afin dans un premier temps convaincre ses clients de l'utilité d'une telle technologie car les UAV restent surtout connus des initiés. Actuellement employé dans un laboratoire de recherche sur la biomécanique de l'Université de Sherbrooke, le jeune homme caresse le rêve d'aller bientôt installer SauTech Innovations en Gaspésie, à Sainte-Anne des Monts. "J'aime beaucoup le plein air, la nature, et je pense que les conditions météos dans cette région donnent un bon aperçu de celles en vigueur un peu partout au Canada," précise le chercheur. Déjà , des bureaux locaux du Ministère des ressources naturelles et le centre d'avalanches de Sainte-Anne-des-Monts auraient exprimé leur intérêt à utiliser son hélicoptère. L'entrepreneur travaille aussi sur un second prototype, encore à l'étude, un hybride entre un hélicoptère et un avion. Des discussions ont déjà eu lieu ce sujet avec l'Université Memorial à Terre-Neuve car ce type d'appareil permettrait de mieux surveiller les icebergs, nombreux dans cette région, ainsi que d'éventuels déversements pétroliers.