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27 janvier 2005

   

Université Laval

L'écolabel doit être équitable

Selon Sophie Lavallée, la protection de l'environnement passe par un étiquetage mieux contrôlé

par Renée Larochelle

Il y a le "Green Spot" autrichien, le "NF-Environnement" français, l'"Ange bleu" allemand et l'"Éco-Logo" canadien. L'écolabel, vous connaissez? Il s'agit d'une étiquette apposée sur un produit visant à informer le consommateur qu'un produit respecte certains critères quant à la protection de l'environnement. Ces étiquettes peuvent être apposées sur une multitude de produits, allant de l'ampoule électrique au lave-vaisselle, en passant par les lessiveuses, les peintures et vernis et même les matelas. Dans un contexte où le développement durable devient un impératif pour la santé de la planète, l'écolabel constitue un enjeu commercial non négligeable pour les entreprises qui voient là un excellent moyen de conquérir un créneau de marché auprès des consommateurs préoccupés par la protection de l'environnement, et qui sont souvent prêts à payer davantage pour acquérir un bien s'affichant "écologique". Le problème, c'est qu'il est actuellement impossible pour le consommateur de vérifier si ce produit répond en tous points aux normes établies en la matière.

"L'objectif de la mise en place des différents programmes d'écolabellisation étant d'inciter le consommateur à privilégier les produits les moins nocifs pour l'environnement, les risques de confusion doivent être limités le plus possible", affirme Sophie Lavallée, professeure adjointe à la Faculté de droit et responsable du volet de recherche juridique du Centre interuniversitaire de référence sur l'analyse, l'interprétation et la gestion du cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). "Par exemple, certains fabricants peuvent décider d'apposer des étiquettes dites d'autodéclarations écologiques sur un objet pour en tirer profit", précise Sophie Lavallée.

Au Canada, où le programme d'écolabels a démarré en 1988, c'est l'entreprise Terra Choice qui a développé des critères environnementaux pour plus de 130 catégories de produits. Cette entreprise délivre l'Éco-Logo à un produit qui, à une étape de son cycle de vie, est 20 % plus "performant" que les autres produits de la même catégorie. Pourtant, l'Éco-Logo devrait être délivré à un produit dont on aurait analysé le cycle de vie à toutes les étapes, de l'extraction de la matière première composant le produit jusqu'à son élimination, en somme, du berceau à la tombe.

Selon Sophie Lavallée, cette simplification dans l'analyse du cycle de vie (ACV) s'expliquerait par le développement encore incomplet des banques de données nationales sur le sujet ainsi que par la complexité de l'opération elle-même. À ces facteurs s'ajoutent les difficultés d'ordre pratique que représente une analyse crédible et objective, de même que le coût élevé de l'ACV, ce dernier point pouvant remettre en question la viabilité financière des programmes d'écolabels. "Le gouvernement fédéral devrait exercer un contrôle plus serré sur les programmes d'écolabels, dit la professeure de droit. C'est aussi au gouvernement qu'incombe la responsabilité de susciter de l'intérêt pour les produits écologiques chez le consommateur. Il en va du bien-être des générations futures."