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20 janvier 2005

   

Université Laval

Dans le sens du bois

Voyage au pays de la géométrie et de l'espace à la Galerie des arts visuels

par Pascale Guéricolas

"C'est une expérience visuelle." Le photographe, peintre et sculpteur Alexandre David ne veut surtout pas que l'on fasse dire à ses oeuvres autre chose que ce qu'elles sont, soit des tableaux sous forme de constructions en contreplaqué non peint, conçus comme un ensemble de volumes, d'arêtes et de lignes. "Nous vivons dans la culture du commentaire, tout est ramené au langage. Cela ne m'intéresse pas de faire la même chose en art. Je ne cherche pas à transmettre de représentation du monde", précise ce chargé de cours à l'École des arts visuels. Une fois ce principe bien compris, la balade au milieu des trois oeuvres exposées à la Galerie des arts visuels jusqu'au 6 février prochain devient un voyage au pays de la géométrie et de l'espace.

Depuis son plus jeune âge, Alexandre David vit un crayon à la main. Ses chiens, son chat, les bâtiments qu'il croise et ses proches se retrouvent fréquemment dans son carnet de dessins et sont ses sources d'inspiration pour réaliser ses tableaux. Parvenir à créer des volumes de grandes dimensions en bois qui prennent l'allure de boîtes est donc une façon d'inviter les autres à pénétrer dans l'univers spatial de cet amoureux de l'architecture. D'autant plus que de grands rectangles ou certaines formes rappellent immédiatement des éléments connus. Telle tablette pourrait facilement être une marche, tel angle droit aurait pu devenir une table, tandis que cette verticale ressemble furieusement au drapé d'une nappe. De telles références à l'univers du quotidien distinguent donc les oeuvres du sculpteur de celles d'artistes partisans d'un art minimal dans les années soixante, puisque ces derniers tentaient d'éviter tout lien avec la réalité connue.

"Lorsqu'on regarde mes oeuvres en trois dimensions, on passe constamment d'un objet physique à un dessin mental. C'est un peu la même démarche lorsqu'on suit un plan dans sa tête avant d'effectuer un trajet dans la rue, indique Alexandre David. Le regard suit les plans, les volumes, ce sont des dessins mentaux qu'on reconfigure dans son esprit." Se définissant comme "un créateur très lent", le sculpteur, qui a notamment exposé au Musée d'art contemporain de Montréal ainsi que dans plusieurs centres d'artistes et galeries, met parfois plusieurs années à produire un tableau. Il dessine énormément, réalise des maquettes en carton pour souvent découvrir que les angles imaginés ne fonctionnent plus avec du contreplaqué. Parfois, aussi, la longueur ou la largeur d'une tablette ne lui semble plus appropriée une fois celle-ci coupée et vissée, et il lui faut alors défaire la structure. De la même façon, il tente de faire coïncider les veines et les noeuds des différentes lattes de bois utilisées, même si le dessin de fond ne l'intéresse que modérément. En fait, tout comme les vis apparentes, ces veinures participent à l'oeuvre sans que l'artiste ne s'arrête vraiment à leur signification ou à l'impression qu'elles pourraient produire. L'important demeure la vision d'ensemble."