Au fil des événements
 

20 janvier 2005

   

Université Laval

COURRIER

LES ANIMAUX ET LES GLISSEMENTS DE TERRAIN

M'intéressant moi-même à certaines catastrophes naturelles, j'ai lu avec intérêt l'article de Jean Hamann intitulé "Aucune preuve scientifique ne soutient l'existence d'un ¨sixième sens¨ d'anticipation des cataclysmes chez les animaux" qui est paru dans le journal Au fil des événements du 13 janvier dernier. Je ne sais pas si des animaux peuvent anticiper des tsunamis mais il y a de nombreuses indications que certains animaux anticipent certains glissements de terrain. En voici quelques exemples:

- En relation avec le glissement de Goldau, en Suisse, qui ensevelit 471 personnes en 1806, il est indiqué que "si les villageois furent pris par surprise, les chevaux et le bétail étaient devenus agités plusieurs heures avant le glissement".

- Dans les témoignages du glissement de terrain de Verdal, en Norvège, qui fit 111 victimes en 1893, il est mentionné qu'un docteur qui revenait de visiter des malades a vu son cheval effrayé refuser d'avancer en approchant de la zone qui allait être emportée et qui, forcé d'avancer, s'est alors mis à galoper à toute vitesse. Il est aussi mentionné qu'un autre cheval qui allait dans le sens inverse en tirant une lourde charge s'était lui aussi mis à galoper à toute vitesse en approchant de la même zone.

- Plus près de nous, en relation avec le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney qui emporta 31 personnes en 1971, il fut rapporté que des chiens étaient extrêmement nerveux, comme durant un orage, et que des vaches, habituellement dociles, avaient refusé d'aller dans leur herbage quelques heures avant le glissement.

Bien qu'à ma connaissance, le lien n'ait pas été "scientifiquement établi", il semble envisageable de relier le comportement animal à des vibrations et à des émissions acoustiques qui sont générées dans le sol avant sa rupture et qui, elles, ont pu être mesurées dans un certain nombre de cas. Il ne s'agirait alors peut-être pas d'un "sixième sens" que possèderaient certains animaux, mais d'une sensibilité plus grande que celle des humains à détecter de telles vibrations et émissions acoustiques.

Je ne pense pas que ces quelques éléments contredisent les propos du professeur Barrette, mais ils indiquent la possibilité que certains animaux anticipent certains cataclysmes, les glissements de terrain en particulier. On peut tout de même bien "croire à la magie et au merveilleux"!

SERGE LEROUEIL
Professeur au Département de génie civil