Au fil des événements
 

20 janvier 2005

   

Université Laval

Les invasions barbares

Devant la menace qu'elle perçoit, la Corée du Nord fourbit ses armes. En pure perte?

par Renée Larochelle

La Corée du Nord a-t-elle oui ou non l'arme nucléaire? C'est la question que se posent les États-Unis concernant ce pays d'Asie qui, depuis la chute du bloc soviétique en 1991, joue la carte de l'ambiguïté, maintenant du même coup le pays le plus puissant du monde dans l'incertitude. Ce qu'on sait toutefois, c'est qu'avec 30 % de son budget national alloué à la cause militaire, la Corée du Nord possède les atouts nécessaires pour survivre à une attaque nucléaire. Ce pays miné par la pauvreté cacherait plus de 15 000 installations souterraines: hangars d'avions, usines d'armes et abris. Toute une assurance vie pour une nation qui a développé une véritable psychose envers l'arme nucléaire depuis ce jour fatidique du 6 août 1945 où le géant américain a largué la bombe atomique sur Hiroshima, tuant 50 000 Coréens qui y vivaient comme esclaves.

C'est ce qu'explique Ross O'Connor, étudiant à la maîtrise en relations internationales, dans le plus récent numéro de la revue Sécurité Mondiale publiée par l'Institut québécois des hautes études internationales. "En Corée du Nord, c'est la théorie du complot qui domine, constate cet auxiliaire de recherche au Programme Paix et Sécurité internationales. Tels les irréductibles Gaulois résistant à l'envahisseur romain, les Nord-Coréens se considèrent investis d'une mission et estiment qu'ils sont l'un des derniers peuples de la planète à ne pas courber l'échine devant la puissance américaine. Ils sont aussi convaincus que d'autres pays, comme par exemple le Japon, veulent les envahir et qu'ils doivent donc tout mettre en uvre pour se protéger."

Alerte à la bombe
Selon Ross O'Connor, il n'est pas impensable qu'un pays économiquement faible comme la Corée du Nord veuille un jour renflouer ses coffres en vendant à prix exorbitant une bombe de son cru à un groupe terroriste relié à Oussama Ben Laden. C'est la façon dont raisonnent les Américains qui font tout pour empêcher la mise en place d'une usine à enrichissement d'uranium en Corée du Nord. En même temps, note Ross O'Connor, les chances que la Corée du Nord vende une arme nucléaire ou des matières fissiles à un groupe terroriste sont minimes. Le cas échéant, l'origine de la bombe pourrait être facilement détectée, et si cette arme devait servir contre les États-Unis, les Américains déclareraient sans doute la guerre à la Corée du Nord. Le hic, c'est qu'affronter la Corée du Nord équivaut à affronter son puissant voisin, la Chine. Et qui peut se permettre d'ouvrir les hostilités contre un tel pays?

"Depuis la fin de la guerre froide, souligne Ross O'Connor, la Corée du Nord ne cesse de critiquer la présence des milliers de soldats américains en Corée du Sud. La mission de ces soldats est claire: dissuader l'armée nord-coréenne d'envahir le Sud. Pourtant, quand le président Bush a annoncé récemment que 12 500 soldats allaient quitter le sol sud-coréen, le Nord a protesté. Tout cela semble contradictoire, mais il faut comprendre que le régime nord-coréen souhaite établir des liens diplomatiques avec les États-Unis, non seulement pour survivre mais aussi pour entrer dans l'ère moderne. Toutefois, ils refusent de se faire absorber par la Corée du Sud et ainsi perdre la face devant le monde entier. Souhaitons qu'un président américain arrivera à comprendre ce détail pour paver la voie à la résolution du conflit qui persiste depuis plus de cinquante ans."