Au fil des événements
 

13 janvier 2005

   

Université Laval

De l'amour et autres débris

La première exposition solo de Marc-André Drouin prend des couleurs de bande dessinée

par Pascale Guéricolas

 Du 17 au 28 janvier, la couleur saute aux yeux à la salle d'exposition du pavillon Alphonse-Desjardins. Marc-André Drouin, finissant en arts plastiques, concentration nouveaux-médias, y présente sa première exposition solo, "Amour et autres débris", fortement influencée par l'univers de la bande dessinée.

Marc-André Drouin se souvient encore du choc qu'il a éprouvé devant une des toiles d'Andy Warhol dans un musée londonien dont il n'avait contemplé, jusqu'alors, que les reproductions. Pendant de longues minutes, il a fixé la série des "Jackie" en constatant que l'artiste prenait soin de donner un aspect peu soigné à sa sérigraphie, comme pour mieux dénoncer la production industrielle de masse.

 

"J'ai beaucoup lu sur des peintres comme Warhol, Riopelle et Pollock, et je me suis intéressé à leur vie vraiment hors normes, raconte-t-il. J'apprécie beaucoup les expressionnistes abstraits pour l'aspect formel de leurs tableaux, les grands gestes, la couleur."

Influencé lors de ses débuts par les automatistes québécois, le jeune artiste a opté dès 2001 pour un style plus personnel où quelques figures humaines naissaient au hasard d'accidents créés par la superposition de peinture. En effet, il arrivait qu'en appliquant différentes couches de rouge, de jaune ou de bleu, un corps surgisse littéralement de la toile en cours d'exécution. Peu à peu, des personnages liés au monde de la BD ont commencé à peupler ses tableaux. "Je regarde des dessins animés chaque matin et j'adore la bande dessinée, explique Marc-André Drouin. J'apprécie leur capacité à communiquer un état psychologique et physique de façon imagée et donc accessible."

La vie quotidienne, une conversation saisie au vol dans la rue, la vision d'un maître promenant son chien, voilà les thèmes qui inspirent le jeune peintre. Sans compter l'amour, son grand sujet de prédilection. Deux amoureux transis s'embrassant à pleine bouche sur un banc à Londres l'ont ainsi amené à peindre "Fanfan", une des toiles de l'exposition. On y voit deux personnages liés par des tubes, un cur très rouge semblant battre au-dessus d'eux.

À quelques pas, un bonhomme coloré pourvu d'une langue démesurée semble littéralement éclater d'émotion si on en croit les nombreux curs qui lui sont rattachés. Parmi la douzaine de grands formats présentés, quelques-uns réalisés avant 2004 mettent en scène des membres épars, des jambes, des bras, un thorax et des organes internes, comme pour mieux illustrer une étape obligée avant d'atteindre l'amour. "Pour moi, la toile représente un condensé de plusieurs cases de bande dessinée, confie Marc-André Drouin. Je fais aussi de l'art Web et les installations vidéographiques m'intéressent, mais j'aime par-dessus tout le contact avec la matière lorsque j'applique les couleurs en gros "mottons" avec mon pinceau."