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13 janvier 2005

   

Université Laval

Body Shop

L'avenir s'annonce radieux pour les spécialistes des biomatériaux

par Jean Hamann

La réponse de la science à l'usure du corps humain reposera de moins en moins sur le remplacement d'organes et de plus en plus sur leur reconstruction. C'est ce qu'a prédit le professeur Diego Mantovani le 7 décembre, alors qu'il prenait la parole dans le cadre des conférences "Grand public" de la Faculté des sciences et de génie. "Si on regarde encore plus loin dans l'avenir, on peut même penser que chaque personne aura sa propre banque de cellules, prélevées pendant sa jeunesse, qui serviront à fabriquer des tissus lorsqu'une partie de son corps lâchera", a ajouté le professeur du Département de génie des mines, de la métallurgie et des matériaux.

Pour un ingénieur tissulaire, le corps représente un chantier au potentiel illimité. Les 150 personnes présentes, dont une centaine d'élèves de l'école secondaire Les Compagnons-de-Cartier, ont eu droit à une étonnante description du corps humain vu par l'oeil d'un ingénieur. Le corps comprend 950 km de tuyaux dans lesquels circulent 2 500 milliards de globules rouges et 100 milliards de globules blancs baignant dans 5 litres de sang. Ce sang est oxygéné lors de son passage dans 550 millions d'alvéoles pulmonaires. Quelque 10 milliards de cellules nerveuses forment un réseau complexe de 100 000 km de fibres nerveuses. En tout et partout, le corps compte quelque 60 000 milliards de cellules réparties dans une centaine d'organes. Le plus grand d'entre eux, qui fait de 4 à 5 mètres carrés, est la peau!

Non seulement le nombre de pièces qui peuvent faire défaut est-il astronomique, mais en plus ces pièces doivent fonctionner plus longtemps qu'auparavant, a souligné le chercheur qui dirige le Laboratoire de biomatériaux et de bioingénierie. "À l'époque de la Révolution française, l'espérance de vie était de 29 ans. En 1900, elle était passée à 46 ans. Aujourd'hui, elle est de 78 ans et elle pourrait être repoussée davantage si on disposait des pièces de remplacement nécessaires."

La liste des personnes en attente de transplantation d'organes ou de chirurgie de remplacement s'allonge sans cesse. Le marché des pièces de remplacement pour le corps, qui se chiffre déjà à 670 milliards de dollars par année aux États-Unis, est en pleine croissance. Décidément, l'avenir s'annonce radieux pour les bioingénieurs.