Au fil des événements
 

6 janvier 2005

   

Université Laval

Un autre mythe tombe

Le fait d'avoir eu un cancer du sein ne serait pas une source de discrimination au travail

par Jean Hamann

Contrairement à la croyance véhiculée dans certains milieux, les femmes qui ont eu un cancer du sein ne seraient pas plus souvent victimes de discrimination au travail que les femmes qui n'ont jamais eu de cancer. C'est ce que concluent des chercheurs de la Faculté de médecine dans un article qu'ils publient dans l'édition du 15 décembre de la revue scientifique Journal of the National Cancer Institute. L'équipe de l'Unité de recherche en santé des populations, formée d'Elizabeth Maunsell, Mélanie Drolet, Jacques Brisson, Chantal Brisson, Benoît Masse et Luc Deschênes, a comparé l'évolution de la situation d'emploi de 646 travailleuses dans les trois années qui ont suivi leur diagnostic de cancer du sein à celle d'un groupe témoin de 890 travailleuses.

Au début de l'étude, l'âge et les conditions de travail des femmes des deux groupes - qui occupaient toutes un emploi - étaient équivalents. Trois ans plus tard, 21 % des femmes qui ont survécu au cancer du sein n'avaient plus d'emploi contre 15 % chez les femmes du groupe témoin. Dans la grande majorité des cas, l'arrêt de travail résultait d'un choix personnel des femmes. Environ 1,5 % des femmes ont été congédiées pendant la période couvrant l'étude, mais ces congédiements touchaient également les travailleuses des deux groupes.

Chez les femmes qui occupaient un emploi au terme des trois années de suivi, les conditions d'emploi, notamment la rémunération, le pourcentage de travailleuses à temps partiel, le nombre d'heures travaillées, le taux de syndicalisation, etc., étaient comparables dans les deux groupes.
"Il se peut que des femmes qui retournent au travail après un cancer du sein vivent des moments difficiles et qu'elles en attribuent la cause au fait d'avoir eu cette maladie, reconnaît Elizabeth Maunsell. Cependant, les mesures objectives utilisées dans notre étude permettent de constater que cette maladie n'entraîne généralement pas de discrimination sous forme de changements négatifs ou involontaires dans la situation de travail." Selon la chercheure, ces résultats sont "plutôt positifs parce qu'ils disent que nous vivons dans une société relativement humaine où les lois, les conventions de travail et l'attitude des gens permettent aux femmes qui ont eu un cancer du sein de passer à travers cette épreuve sans vivre de discrimination en emploi".

Information contre croyances
La discrimination au travail n'est qu'une des nombreuses croyances touchant la vie après un cancer du sein que véhiculent les magazines féminins et les téléromans. Même certains médecins cliniciens contribuent à propager ces croyances parce que les patientes qui reviennent les consulter après un cancer sont justement celles qui éprouvent des problèmes.

Depuis dix ans, Elizabeth Maunsell et son équipe ont produit de nombreuses études qui ont démoli certaines de ces croyances, notamment celles qui touchent la baisse de la qualité de vie et la détérioration de la vie amoureuse après un cancer du sein. "À mesure que la qualité des études augmente et que leurs conclusions reposent sur un échantillon plus représentatif des femmes qui ont eu un cancer du sein, je crois que nous avons un portrait plus juste de ce qui se passe réellement", explique la chercheure.

Elizabeth Maunsell souhaite que les conclusions de ses études soient diffusées aussi largement que possible pour contrecarrer les fausses croyances associées au cancer du sein. "D'une part, il s'agit d'information rassurante pour toutes les femmes qui ont eu un cancer du sein, estime-t-elle. D'autre part, en diffusant une information juste, je crois qu'avec le temps, ça va changer la façon dont nous parlons de cette maladie dans notre société."