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6 janvier 2005

   

Université Laval

La pauvreté déchiffrée

Un programme informatique conçu par l'économiste Jean-Yves Duclos aide les chercheurs des pays en développement

par Renée Larochelle

Jean-Yves Duclos se souvient encore des images diffusées à la télévision montrant les corps décharnés des enfants du Biafra en train de mourir de faim, à la fin des années 1970. "J'avais cinq ans et je n'arrêtais pas de demander à ma mère ce que nous pourrions faire pour aider ces enfants. Je ne pouvais pas imaginer qu'on reste là, bras ballants, sans réagir", raconte ce professeur du Département d'économique reconnu aujourd'hui comme l'un des grands spécialistes canadiens des questions de pauvreté.

C'est dans cet esprit que Jean-Yves Duclos a développé un programme informatique des plus novateurs en 1998. Baptisé DAD (Distributive Analysis/Analyse distributive), ce programme permet aux chercheurs des pays en développement de mesurer eux-mêmes l'indice de pauvreté de leur pays, une opération autrefois réservée aux chercheurs des pays riches, en raison des méthodes coûteuses et complexes qui y sont liées. Après avoir débuté au Cameroun, DAD a pris de l'envergure: six ans après sa mise sur pied, quelque 700 utilisateurs provenant de dizaines de pays en développement profitent de ce programme financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. Les indices utilisés sont ceux des organisations internationales comme les Nations Unies, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour suivre le développement économique international et allouer des bourses et des prêts aux pays en développement.

Un certain bien-être
"Le fait que les populations des pays en développement puissent elles-mêmes dresser le portrait statistique de leur pays et être en mesure de conseiller les décideurs sur les répercussions de leurs politiques sur les plans humain et économique leur donne un grand sentiment de confiance et de contrôle, explique Jean-Yves Duclos. Les gens se sentent moins démunis et ont la sensation de travailler par eux-mêmes et pour eux-mêmes. En bout de ligne, c'est une situation qui ne peut servir qu'à améliorer les relations entre le Nord et le Sud."

Car le monde change et doit changer, estime Jean-Yves Duclos. L'économiste voit d'un bon il la montée économique fulgurante de pays en voie de développement comme la Chine et l'Inde. "Nous sommes devant deux pays qui veulent sortir de la misère, dit-il. Je crois que nous devrions nous réjouir de la situation et les encourager à continuer à s'intégrer au marché mondial." Devant la résistance des nations capitalistes à ces géants qui bousculent la structure industrielle établie, Jean-Yves Duclos prône l'ouverture et considère tout à fait légitime et normal que des personnes aspirent au même niveau de vie que celui des pays riches.

"Pour moi, le monde idéal serait un monde où tous les êtres humains auraient accès aux mêmes libertés fondamentales sans que des barrières artificielles leur soient imposées. Et l'une de ces libertés est celle d'atteindre un certain état de bien-être, tout simplement."