Au fil des événements
 

6 janvier 2005

   

Université Laval

À la scandinave

Des étudiants de foresterie ont examiné le "modèle finlandais" sur le terrain

par Yvon Larose

La Finlande, ce pays du nord-est de l'Europe surnommé "le paradis des forestiers", fait face à des problèmes de biodiversité. Une des raisons à cela est qu'après un demi-siècle d'aménagement intensif, le pourcentage de forêts naturellement diversifiées représente aujourd'hui moins de quatre pour cent de l'ensemble du territoire forestier. Une autre cause se trouve dans la nature même des plantations d'arbres qui ont remplacé les forêts naturelles. Ces plantations ont une structure simplifiée et sont homogènes en termes d'essences. Quant à la récolte hâtive des gros arbres, des arbres malades et des arbres morts, elle nuit à la plupart des quelque 200 espèces animales menacées répertoriées dans le pays. Ces animaux ont en effet besoin des chicots ou des bois morts à un moment ou un autre de leur cycle de vie.

Voilà quelques-uns des nombreux constats faits par un groupe d'étudiantes et d'étudiants de l'Université Laval et de l'Université du Québec à Montréal lors d'un séjour de deux semaines en Finlande au mois de mai 2004. Organisée par le Département des sciences du bois et de la forêt de l'Université Laval, cette mission d'étude de la forêt finlandaise était placée sous la responsabilité du professeur Damase Khasa. Le Fonds Jeunesse Québec et des partenaires privés en ont assuré le financement. Le contingent de Laval comprenait quinze étudiants de troisième ou de quatrième année du baccalauréat en aménagement et environnement forestiers. Les autres étaient des étudiants-chercheurs ainsi qu'un étudiant inscrit au bac en génie du bois.
"Depuis les années 1990, explique Damase Khasa, les Finlandais essaient de faire marche arrière pour redonner la richesse biologique à la forêt, notamment par des travaux de restauration des tourbières, du reboisement et la restauration des surfaces forestières dégradées. Dans le même esprit, ils font aussi la gestion intégrée et durable de la forêt dans son ensemble par le biais du système finlandais de certification forestière, qui est adapté aux conditions nationales, régionales et locales des propriétaires de la forêt. En Finlande, 62 % du territoire forestier appartient à des propriétaires privés."

Leaders sur la planète
Les Finlandais se sont imposés comme des chefs de file mondiaux dans l'aménagement et l'exploitation de la forêt par leurs machines forestières techniquement très élaborées, leurs procédés ou leurs produits. Le "modèle finlandais" consiste en gros à couper les arbres en forêt naturelle puis à aménager les lieux en plantations par l'ensemencement du sol. En combinant cette approche au drainage des tourbières, aux traitements sylvicoles et au contrôle des feux, les forestiers finlandais ont obtenu une spectaculaire augmentation de la productivité ligneuse. La foresterie finlandaise se base sur des essences domestiques naturelles. Elle a pour objectifs de garantir la production de bois de bonne qualité tout en préservant la biodiversité des forêts et leur multifonctionnalité. Elle garantit le droit de "tout un chacun" par lequel toute personne peut pratiquer ses activités en forêt à condition de respecter la propriété privée et la nature. Bref, la foresterie finlandaise est reconnue pour son caractère durable car ses pratiques de gestion forestière tiennent compte simultanément de considérations écologiques, économiques et sociales.
Des représentants de l'Université d'Helsinki ont encadré la mission québécoise. Les deux groupes d'étudiants ont voyagé ensemble dans tout le pays. Ils ont notamment visité des écoles forestières. Sur le terrain, ils ont rencontré des intervenants forestiers et des intervenants écologiques. Ils ont aussi visité une forêt de recherche ainsi qu'une scierie moderne, celle de la société UPM-Kymmene. "Les piles de bois dans la cour à bois étaient des piles à diamètres variables, en attente de coupe finale, en réponse aux demandes des clients, indique l'étudiant François Giguère, président de la mission en Finlande. En comparaison, au Québec, cette cour à bois contiendrait des arbres entiers, sans branches, classés par provenance de la forêt où ils ont été coupés, ou dans un tas pêle-mêle, en ligne continue, de dix à douze mètres de hauteur, sur une distance de 100 à 200 mètres. Leur force, c'est l'approche-client. En Amérique du Nord, c'est le volume."