Au fil des événements
 

6 janvier 2005

   

Université Laval

Vibrations nordiques

Dans son dernier roman, Jean Désy approfondit sa passion du froid

par Thierry Bissonnette

Plusieurs événements et réflexions ont pavé la voie à l'écriture de L'île de Tayara (XYZ éditeur), le plus récent livre de Jean Désy, chargé de cours à la Faculté de médecine. Il y eut en premier lieu une aventure de pêche à l'île Mansel, au nord de la baie d'Hudson, où le médecin-écrivain renchérissait sur ses multiples séjours boréaux. Puis ce fut une escapade familiale en Nouvelle-Zélande, laquelle donna son prétexte à l'essai Nomades en pays maori. Propos sur la relation mère-fille. Avec L'île de Tayara, il semble bien que ces deux univers se soient fondus à travers l'imagination fertile de Désy. On y rejoint en effet une jeune femme partie à l'aventure au Nunavik avec son père biologiste, ce qui sera l'occasion de multiples étonnements.

Prénommée Geneviève, cette fille de seize ans est d'ailleurs la narratrice de ce voyage initiatique. C'est à travers ses yeux que prend forme l'expédition où son père, chargé d'étudier un troupeau de caribous, fait connaissance avec quelques Inuits tout en approfondissant ses liens avec sa fille. Double défi pour ce divorcé, alors que Geneviève interrompt ses études pour partir malgré les protestations de sa mère.

À sa grande surprise, la fille du biologiste subira un véritable envoûtement pour les contrées glacées. Dès le débarquement à Puvirnituk, un nouveau monde s'ouvre à elle, où sa perception de la culture et de la nature sera grandement modifiée. Farouchement opposée à la mise à mort des animaux, elle s'habituera rapidement à la consommation de chair de phoque, souvent à peine cuite. Puis, malgré l'atmosphère de danger qui accompagne les soûleries de certains hommes de l'endroit, elle découvre le désir dans le visage du jeune Putulik, fils du leader Tayara (qui prête son nom au livre).

"De façon claire et puissante, j'ai su que le Grand Nord ne me lâcherait plus. Dorénavant, j'habiterais là", finira par dire Geneviève. C'est dire l'imprégnation des lieux dans l'esprit de l'adolescente, processus que rend bien ce roman où s'immisce un propos éthique et philosophique faisant écho aux précédents ouvrages de Désy, notamment Du fond de ma cabane, Éloge de la forêt et du sacré (2002).

Sans candeur excessive, l'auteur nous invite à partager sa quête d'une nouvelle innocence, de même qu'une rencontre sensitive avec les habitants d'un territoire encore si peu connu. On en ressort dépaysé, de même qu'avec un regard plus complexe sur la réalité qui nous entoure. Grâce à ses expériences d'enseignement en médecine et en création littéraire, Jean Désy tire une fois de plus le meilleur de ces deux mondes, refusant de séparer tout à fait la réalité et l'imaginaire, le regard critique et la sensibilité.