Au fil des événements
 

11 novembre 2004

   

Université Laval

De l'or dans les sous-bois

Le potentiel en champignons des forêts de la Gaspésie, de l'Abitibi et de la Jamésie fait l'objet d'une vaste étude

par Jean Hamann

Une ambitieuse recherche sur les populations de champignons forestiers comestibles du Québec sera entreprise sous peu par une équipe dirigée par le professeur Yves Piché, du Département des sciences du bois et de la forêt. Les travaux qui seront menés au cours des trois prochaines années par cette équipe permettront de déterminer les milieux forestiers les plus propices à la récolte commerciale des champignons sauvages en Gaspésie, en Abitibi et en Jamésie. Grâce à une subvention de 560 000 $ provenant du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, les chercheurs évalueront également la productivité en champignons des différents milieux forestiers, ce qui permettra de définir les paramètres d'une exploitation durable de cette ressource.

Le financement de ce projet vient répondre aux appels répétés des chercheurs qui, tout en appréciant le potentiel économique de la récolte des champignons, s'inquiétaient des conséquences d'une éventuelle ruée vers les sous-bois. "C'est garanti que si la récolte des champignons sauvages est faite sans contrôle, on risque de détruire la ressource comme on l'a fait avec l'ail des bois et le ginseng, et cela même si les champignons ont un cycle de vie beaucoup plus court et moins exigeant que les plantes de sous-bois, commente Yves Piché. Par contre, si c'est développé avec intelligence, il ne devrait pas y avoir de problème et ça va créer une nouvelle activité économique en forêt."

Des chiffres
Le potentiel fongique du Québec est encore inconnu, mais il est monté en flèche l'année dernière avec le signalement de champignons matsutake dans les pinèdes à lichen de la localité de Radisson. Une expédition menée en Jamésie par le professeur J. André Fortin, sous l'égide du Centre d'études nordiques et du Centre de recherche en biologie forestière, avait fait l'étonnante découverte. Le matsutake américain - ou champignon des pins - peut rapporter jusqu'à 20 $ du kilo au cueilleur et il suffit de trois ou quatre champignons pour faire un kilo.

Selon J. André Fortin, le potentiel commercial des champignons forestiers comestibles atteint 10 millions de dollars par année au Québec et "c'est une évaluation très prudente", précise-t-il. Il y a cependant un urgent besoin de mieux connaître ces populations avant de les exploiter, ajoute-t-il. C'est pourquoi les chercheurs tenteront d'établir une relation entre le type écologique de forêt, son âge, son histoire naturelle et les populations de champignons qu'on y retrouve. "La cartographie des types forestiers et leur productivité respective vont nous permettre de chiffrer la productivité des populations de champignons et de faciliter la logistique de la récolte", résume J. André Fortin.

Les chercheurs étudieront aussi les conditions qui influencent la productivité de champignons et, grâce à des analyses d'ADN, ils tenteront de lever l'incertitude qui entoure l'identité de certaines espèces qui poussent en sol québécois. Les travaux porteront principalement sur les chanterelles, les hydnes, le matsutake et la dermatose des russules, un champignon qui en parasite un autre.

L'équipe qui mènera les travaux est formée de Yves Piché, J. André Fortin, Damase Khasa et Andrew Coughlan de la Faculté de foresterie et de géomatique de l'Université Laval, Yves Bergeron (UQAT), Mathieu Côté (Consortium R&D), Jean-Marc Moncalvo (U. de Toronto), David Paré (Service canadien des forêts) et Normand Villeneuve (Ressources naturelles). Fernand Miron, président de l'entreprise abitibienne Champignons Laurentiens, participe également à l'étude.