Au fil des événements
 

28 octobre 2004

   

Université Laval

Gentil patou

En France, un chien de berger réconcilie temporairement les partisans de la chasse et les protecteurs de la nature

par Jean Hamann

Le conflit récurrent qui oppose les protecteurs de la nature et les chasseurs dans la France rurale a connu une brève pause grâce à un conciliateur à quatre pattes: le patou. "Le recours à ce chien pour garder les troupeaux de moutons a permis de régler les problèmes de prédation sans qu'il n'y ait nécessité de chasser des loups ou des ours", a raconté Raphaël Larrère, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique, lors d'une conférence présentée le 15 octobre par la Chaire de bioéthique et d'éthique de l'environnement et par le Département de biologie.

Le patou ou pastou tire son nom du mot "pastre" qui signifie "berger" en vieux français. Auxiliaire du berger depuis le Moyen-Âge, cette bête de plus de 50 kg, mieux connue au Québec sous le nom de chien de montagne des Pyrénées, est tombée en désuétude en France au 19e siècle avec la disparition des grands prédateurs. La réapparition du loup et de l'ours remet au goût du jour cette race qui vit en permanence avec les troupeaux et qui les défend farouchement contre toute menace. "Le patou a permis de renouer le dialogue fragile entre les partisans de la chasse et les protecteurs de la nature", constate Raphaël Larrère.

Cette histoire "disneyesque" ne change cependant pas le portrait global des relations entre les deux camps dans l'Hexagone. "C'est un conflit qui empoisonne les uns et les autres et qui renaît toujours de ses cendres. En général, toute tentative de compromis est aussitôt dénoncée", déplore le chercheur. Ses réflexions sur la question le poussent d'ailleurs à conclure que cette sempiternelle dispute ne résulte pas d'un conflit d'intérêt, mais plutôt d'un conflit de légitimité dont l'enjeu, étranger au bien-être des populations animales, se résume à la question: "A-t-on ou non le droit de chasser?"

Raphaël Larrère constate également que les deux camps partagent une fascination commune pour le même objet - la faune -, les protecteurs de la nature lui vouant un amour platonique et les chasseurs, une passion dévorante. "Dans cette compétition mimétique refoulée, chacun prétend mieux connaître les animaux et ce qui est bon pour eux et chacun se réclame son porte-parole légitime", observe-t-il. Résultat? Un contentieux qui encombre les tribunaux, la récupération du conflit par les partis politiques et un durcissement des positions de deux camps. Décidément, il faudra beaucoup plus qu'un chien pour que la France se dépatouille dans ce conflit séculaire.