Au fil des événements
 

28 octobre 2004

   

Université Laval

De Marx à la Grève de l'amiante

par Thierry Bissonnette

Né à Asbestos et diplômé de l'Université Laval en sciences sociales, Jacques Gagnon est professeur au Collège de Sherbrooke depuis 1977. Préoccupé depuis longtemps par la vulgarisation, il considère que tout un chacun devrait s'intéresser à la politique, ne serait-ce que pour mieux juger du travail des élus et de son influence sur notre quotidien. C'est dans cet esprit démocratique que Jacques Gagnon a rédigé et recueilli trois essais d'histoire politique, aujourd'hui publiés par Les Presses de l'Université Laval sous le titre Histoires de pêche à la mouche. Basés sur sa pratique de l'enseignement, ces textes évoluent sans lourdeur autour de sujets pourtant profonds.

Si la métaphore sportive peut référer au style libre et vif de l'auteur, il n'en reste pas moins que son ouvrage comporte une construction certaine et que sa pensée s'offre une longue portée. Les trois composantes du livre, très différentes, transportent le lecteur d'une réflexion générale sur le politique vers une application nettement pratique de la théorie. C'est ainsi qu'on a d'abord droit au chapitre "Platon, Marx et politique", dont la première version remonte au temps de la Guerre froide, en 1980, mais que Gagnon tente de réactualiser à la lumière des récentes altercations entre les partisans de la mondialisation et leurs opposants. Ces derniers, écrit-il, "risquent bien de redécouvrir le Manifeste du Parti communiste après avoir joué aux anarchistes." À l'intention des néophytes, il offre donc sa synthèse personnelle des fondements de la réflexion politique, initiation très compacte allant des penseurs grecs jusqu'à nos jours.

Dans la seconde partie, "La force G. Histoire de l'administration", le penseur examine plus avant l'importance de l'écriture et du livre dans les structures du pouvoir. Reconnaissant un lien millénaire entre l'archivage et l'administration publique, il cerne les contours de ce qui, au cours de l'histoire, acheminera vers la formation d'une gigantesque machine bureaucratique. "Ne nous surprenons pas de l'état avancé de schizophrénie collective de nos sociétés. Quelqu'un écrit à quelqu'un d'autre, mais, ce faisant, il s'adresse moins à l'autre qu'à lui-même. L'autre lui répond en faisant la même chose. Un dialogue de sourds."

Quant au troisième essai, "La Grève de l'amiante, suite et fin", sa rédaction s'est étendue entre 1973 et 1999 et bénéficie de l'expertise de Jacques Gagnon à Black Lake et à Thetford Mines. Résumant et critiquant un ouvrage de Pierre Elliott Trudeau sur la célèbre grève de 1949, il compare également cette dernière avec la grève de Thetford mines en 1975, tâche encore nécessaire selon lui.