Au fil des événements
 

28 octobre 2004

   

Université Laval

«Ouvrons les portes aux immigrants»

Pour Jean-Paul L'Allier, l'avenir de la ville de Québec passe par l'accueil

par Renée Larochelle

Attirer les immigrants à Québec et tout mettre en uvre pour qu'ils y restent: tel est le défi que devra relever la ville de Québec dans les prochaines années, si elle veut non seulement vivre mais survivre. Sinon, c'est la mort à petit feu qui guette, la population vieillissante s'asphyxiant peu à peu à peu dans les gaz lénifiants des mentalités fermées et du manque d'ouverture. C'est le message qu'a livré le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, lors d'une conférence organisée par le Département de science politique, le 21 octobre.

"Trois mille immigrants par année, c'est ce dont la ville a besoin pour continuer à se développer, a déclaré Jean-Paul L'Allier. À cet égard, nous sommes face à un choix: ou bien nous ouvrons les portes aux immigrants et nous les accueillons dans les règles de l'art, ou nous continuons à nous replier sur nous-mêmes." Sans aller jusqu'à qualifier les citoyens de la ville de Québec de xénophobes, Jean-Paul L'Allier parle d'"intolérance sournoise" envers les immigrants, qui ne sont pourtant pas légion à Québec. Qu'en serait-il si leur nombre était plus élevé, comme c'est le cas à Montréal, par exemple? "On a beau avoir un discours ouvert, on vit dans une société fermée", estime Jean-Paul L'Allier. "D'où l'importance d'ouvrir les mentalités pour que notre ville retienne les personnes qui sont venues s'y établir par choix. Elles ne demandent pas mieux que d'y demeurer, si seulement certaines conditions étaient mises en place pour leur faciliter l'existence."

Un échec collectif?
Le maire L'Allier a eu l'occasion de faire valoir sa vision d'une société axée sur la diversité lors de la période de questions ayant suivi la rencontre, un immigrant ayant fait part de son sentiment de découragement face à sa difficile intégration sur le marché du travail à Québec. Arrivé il y a quatre ans de son Mexique natal, avocat de formation, ce père de deux enfants a expliqué qu'il songeait sérieusement à retourner dans son pays, faute d'avoir trouvé un emploi dans son domaine. "Vous témoignez ici de notre échec collectif", a lancé Jean-Paul L'Allier, qui a résumé en une phrase-choc la destinée tragique de l'immigrant cherchant à se faire une place au soleil dans la capitale nationale: "Le poste que vous convoitiez a été comblé une demi-heure avant votre arrivée à Québec et sera disponible la journée où vous partirez."

À la soixantaine d'étudiants et d'étudiantes présents à sa conférence, Jean-Paul L'Allier a en quelque sorte remis les clés de la ville, réitérant sa confiance à ceux qui ont compris que l'avenir reposait entre les mains des gens actifs et ancrés dans la réalité. "À l'Université, vous côtoyez tous les jours des étrangers envers lesquels vous faites preuve d'ouverture. Conservez cette attitude accueillante quand vous aurez quitté le campus. De cette façon, vous contribuerez à votre tour à bâtir la société de demain."