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28 octobre 2004

   

Université Laval

Peut-être Kerry

Le candidat démocrate pourrait obtenir une majorité de votes

par Yvon Larose

D'une élection présidentielle à l'autre aux États-Unis, le nombre d'électeurs qui votent tourne habituellement autour de 50 %. Mais le scrutin du 2 novembre pourrait voir ce pourcentage monter jusqu'à 53 %. Et ce renversement de tendance devrait favoriser le démocrate John Kerry. Tel est le point de vue de Michael Lewis-Beck, professeur au Département de science politique de l'Université de l'Iowa, auteur et spécialiste de la sociologie électorale et des méthodologies quantitatives. "Une course serrée suscite davantage l'intérêt et se traduit par un nombre plus élevé de votants, précise-t-il. Mon modèle statistique prévoit que Kerry obtiendra 50,1 % des votes, contre 49,9 % pour Bush."

Invité par l'Institut québécois des hautes études internationales, le jeudi 21 octobre au pavillon Charles-De Koninck, le conférencier a rappelé que les votes se répartissent habituellement presque moitié moitié entre les candidats des deux grands partis. "Dans une élection présidentielle, vous pouvez vous attendre que 45 % des gens votent républicain et ceux qui le font le font presque toujours parce qu'ils s'identifient au parti et par respect pour le leader", explique Michael Lewis-Beck. Il ajoute que les électeurs américains, en général, ne changent pas d'idée. "Dans les six derniers mois, la plupart sont restés sur leur position." Et les débats télévisés des candidats? "Le premier débat a eu un effet immédiat, dit-il. Mais après deux semaines, l'effet s'était dissipé."

Les Canadiens préfèrent Kerry
Selon de récents sondages, une majorité confortable de Canadiens accorderaient leur vote à John Kerry. Au sud de la frontière cependant, l'électorat apparaît nettement plus divisé. "Nous sommes en guerre et nous avons subi un attentat terroriste, souligne le conférencier. Lorsqu'un pays est en guerre, les gens ont tendance à appuyer le président." Les sondages révèlent qu'une majorité d'électeurs considèrent Bush comme celui qui peut le mieux résoudre le problème du terrorisme et gérer la guerre en Irak. Kerry est toutefois perçu par une majorité d'électeurs comme ayant de meilleures capacités pour s'occuper d'économie. L'économie, le terrorisme, la guerre en Irak et la santé sont, dans l'ordre, les principaux enjeux de cette campagne électorale. Mais d'autres enjeux sont à l'ordre du jour, comme le contrôle des armes à feu, les droits des homosexuels et le commerce extérieur avec le Canada. "Il y a toujours un petit groupe d'électeurs préoccupés par les autres enjeux, indique Michael Lewis-Beck. Chez les pro-Bush, 5 % disent que l'avortement est une question très importante."

En 2000, l'avocat Ralph Nader, candidat vedette des Verts, avait obtenu près de trois millions de votes. La moitié de ces votes venait de démocrates de gauche déçus de la manière dont leur parti était mené. Nader est à nouveau sur les rangs pour la présidence. Mais sa popularité a diminué, les démocrates étant encouragés à s'unir derrière Kerry afin de battre Bush. "Les sondages lui accordent entre un et deux pour cent du vote, c'est donc négligeable, précise Michael Lewis-Beck. Même The Nation, la plus importante revue de gauche aux États-Unis, qui soutenait Nader depuis des années, avait cette année une pleine page de publicité qui disait: "Ralph, please, don't run!" Il a perdu sa base."