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30 septembre 2004

   

Université Laval

Les prématurés:
trop souvent des souffre-douleur

Les prématurés sont surreprésentés parmi les enfants victimes d'intimidation verbale de la part de leurs camarades

par Jean Hamann

Les grands prématurés ne l'ont pas facile. Ils voient le jour avant la 30e semaine de grossesse, ils pèsent à peine 1 kilo à la naissance et ils doivent se battre pendant des semaines dans une couveuse d'hôpital pour rester vivants. Ceux qui s'en sortent ne sont pas au bout de leurs peines pour autant car la prématurité leur colle à la peau pendant toute l'enfance, les accablant de divers problèmes de santé et même de problèmes d'intégration sociale. Les chercheurs Line Nadeau, Réjean Tessier, Francine Lefebvre et Philippe Robaey, du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS), viennent d'ajouter un autre problème à cette liste déjà aussi longue que triste: les grands prématurés seraient deux fois plus souvent la cible d'intimidation verbale de la part de leurs "camarades" de classe de première année du primaire que les enfants nés à terme.

Dans un récent numéro de la revue scientifique Developmental Medicine and Child Neurology, les chercheurs du CIRRIS rapportent les conclusions de l'étude qu'ils ont menée auprès de 96 grands prématurés âgés de 7 ans et des autres enfants qui les côtoyaient à l'école. Les élèves des classes fréquentées par les prématurés ont été photographiés individuellement et, à l'aide de ces photos, chaque enfant devait identifier ceux qui préfèrent jouer seuls, qui pleurent facilement, qui sont timides, qui se bataillent souvent, qui disent ou qui se font dire des choses méchantes, etc., en vue d'établir un score d'intimidation verbale et d'intimidation physique pour chaque prématuré. Pour fins de comparaisons, les chercheurs ont répété le même exercice pour 63 enfants nés à terme qui présentaient un profil social et familial similaire aux prématurés de l'étude. Cet exercice a nécessité 2308 entrevues dans 159 écoles.

Les chercheurs ont ainsi établi que les enfants nés prématurément, qu'ils soient garçons ou filles, obtiennent un score d'intimidation verbale plus élevé que les enfants nés à terme, et ce même en tenant compte du poids et de la taille inférieures des prématurés. Lorsque les chercheurs excluent les prématurés qui présentent un handicap physique apparent de leurs analyses, ils arrivent aux mêmes conclusions. "Si les prématurés sont l'objet d'intimidation verbale, ce n'est pas en raison de leur taille ou d'un handicap apparent. C'est dû à d'autres facteurs", analyse Line Nadeau.

Bien que l'étude ne visait pas à déterminer pourquoi les prématurés sont les souffre-douleur de leurs compagnons, les hypothèses ne manquent pas et l'une d'elles vise directement le milieu familial: surprotégés par leurs parents, les prématurés n'apprendraient pas à interagir normalement avec les autres enfants, ce qui les conduirait au retrait social et au rejet par les pairs. "Plus on avance dans nos travaux, plus on pense que ce facteur peut avoir de l'importance, reconnaît Line Nadeau. Lorsque l'enfant en fait moins, le parent en fait plus et l'enfant devient plus passif. Dans des études de résolution de problèmes, les grands prématurés semblent moins capables de proposer des stratégies de rechange lors de mises en situation."

La vie à l'école peut donc s'avérer éprouvante pour les prématurés. "Comme la plupart n'ont pas de déficiences motrices, intellectuelles ou sensorielles visibles, ils ne profitent pas du soutien supplémentaire accordé aux enfants qui ont un handicap apparent, constate la chercheure. C'est pourquoi les parents devraient informer le professeur dès le début de l'année scolaire que leur enfant est né prématurément. Par ailleurs, les écoles devraient faire un effort pour identifier les enfants qui présentent des facteurs de risques pour l'intimidation. Environ 10 % des enfants du primaire font l'objet d'intimidation et le problème est deux fois plus courant chez les prématurés, un groupe d'enfants déjà vulnérables".