Au fil des événements
 

30 septembre 2004

   

Université Laval

Sorciers d'aujourd'hui

Les maux du monde font parler le chaman

par Renée Larochelle

"Je suis malade parce que j'ai agi en désaccord avec mes sentiments ou mes pensées." "Je suis malade parce que j'ai rompu l'harmonie de mes relations avec les autres." "Je suis malade parce que j'ai dérogé à l'équilibre des forces de l'univers." Voilà, dans son essence, le concept chamanique de la maladie, qui résume en même temps le chamanisme comme voie spirituelle ayant guidé l'humanité depuis des millénaires. Appelé au chevet de l'individu souffrant, le chaman-guérisseur usera de tous ses pouvoirs afin de rétablir l'ordre et, du même coup, la santé chez celui qui a osé transgresser les interdits en vigueur.

"Par exemple, chez les Galibi de Guyane française, la transgression la plus dangereuse pour une femme est le contact avec une source d'eau lors des menstruations, a révélé Jean-Jacques Chalifoux, professeur au Département d'anthropologie et conférencier au symposium sur le chamanisme qui a eu lieu récemment à l'Université. De son côté, l'homme doit éviter de toucher une femme menstruée, sous peine de vieillir prématurément. Enfin, le chaman risque lui-même de perdre tous ses pouvoirs s'il entre en contact avec le sang menstruel."

Des alternatives étrangères
À l'instar d'autres sociétés chamaniques, les Galibi croient que certaines maladies ne peuvent être soignées que par le chaman, a indiqué l'anthropologue, qui s'intéresse à cette population depuis une quinzaine d'années. "Il s'agit de maladies que le chaman est le seul à pouvoir interpréter correctement. Ces maladies résultent en général de trangressions d'interdits comme le manque de respect envers les esprits chamaniques ou la fréquentation de lieux jugés dangereux. Les Galibi reconnaissent également que les changements sociaux ont transformé la nature de l'institution chamanique et la légitimité des chamans. Pris en charge par diverses institutions modernes comme l'État, l'hôpital, l'école, l'armée et le bien-être social, ils ont aussi accès à des alternatives étrangères. Pays d'immigration internationale, la Guyane dispose en effet d'un éventail complexe de pratiques ethnomédicales: guérisseurs d'origine brésilienne ou Aluku, dukun javanais, docteurs-feuilles haïtiens, pasteurs adventistes exorcistes, médecins occidentaux et chinois. Dans ce contexte, le chamanisme fait ni plus ni moins partie de la cafétéria des pratiques médicales."

Une chose est certaine, le pouvoir du médecin s'arrête parfois là où celui du chaman commence: le chaman a en effet le pouvoir de restituer l'ordre chez une personne qui a transgressé des interdits, un pouvoir qu'on ne reconnaît pas ­ ou si peu - au médecin. Car dans cet espace sacré que constitue le passage de la mort à la renaissance, le médecin reste frappé d'interdit.