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16 septembre 2004

   

Université Laval

Tunisie: les élections en question

Selon l'avocat et politicien Ahmed Nejib Chebbi, le scrutin du 24 octobre est un simulacre

Les arguments ont parfois volé bas lors de la conférence présentée le 8 septembre sur le campus par Ahmed Nejib Chebbi, secrétaire du Parti démocratique progressiste (PDP) tunisien sur la situation des élections du 24 octobre prochain dans son pays. Il a fallu tout le doigté et les talents de diplomate de Lise Garon, professeure en communication publique et spécialiste du Maghreb, pour que partisans et opposants du régime Ben Ali puissent s'exprimer en toute quiétude.

Impliqué dans la défense des droits de la personne en Tunisie depuis près de quarante ans comme avocat, Ahmed Nejib Chebbi ne se fait aucune illusion sur l'issue de l' élection présidentielle, qu'il qualifie de simulacre. "À son arrivée au pouvoir en 1987, Ben Ali a promis qu'un président ne pourrait briguer plus de trois mandats, explique-t-il. Il a supprimé cet engagement qui arrivait à échéance cet automne lors d'une réforme constitutionnelle votée à la sauvette lors d'un référendum l'an dernier." Patiemment, le secrétaire général du PDP a décrit les multiples obstacles qui se dressent sur la route des partis d'opposition prêts à se lancer dans la course aux élections. Ainsi, les candidats potentiels doivent réunir trente signatures parmi les députés issus à 80 % du parti de Ben Ali et à 20 % de partis politiques choisis selon leur degré d'allégeance au pouvoir tunisien, ou encore parmi les présidents de municipalités tous soumis au parti au pouvoir.

Un exercice virtuel
Autant dire, dans ces conditions, que la candidature d'Ahmed Chebbi relève de l'exercice virtuel. "Il s'agit d'une démarche protestataire pour dénoncer l'illégitimité du processus électoral, nous appelons le peuple tunisien à boycotter les élections", explique posément le juriste. Et de raconter que des irrégularités entachent souvent le déroulement du scrutin qu'il s'agisse de vérifier les listes rejetées par les électeurs lors de leur passage à l'isoloir, ou d'inviter les votants à déposer le bulletin directement dans l'urne. Résultats des courses, le président Ben Ali règne sans partage sur l'appareil politique tout en contrôlant de près l'appareil judiciaire ce qui bloquerait le développement du pays, selon le secrétaire général du Parti démocratique progressiste. Le pays, aux prises avec une démocratie tatillonne, souffrirait d'un manque d'investissements car quelques familles proches du pouvoir s'arrogeraient une bonne partie des prêts disponibles.

Ce portrait d'une Tunisie au visage autoritaire a fait bondir quelques concitoyens d'Ahmed Chebbi, aujourd'hui installés à Québec. Se disant fiers du gouvernement en place et du développement de leur pays de naissance, ces personnes ont remis en question, parfois avec virulence, les statistiques du conférencier sur la pauvreté, touchant selon lui un quart de la population tunisienne, ou l'emprisonnement d'opposants au régime. "Je préfère que ces prisonniers à tendance fasciste soient enfermés plutôt qu'ils déstabilisent le régime", a ainsi lancé un spectateur. Malgré tout, de nombreux autres Tunisiens ont apporté leur soutien au candidat du PDP et appelé de leurs voeux un changement de régime