Au fil des événements
 

9 septembre 2004

   

Université Laval

Le poisson contre l'Alzheimer?

Un acide gras de type oméga-3 préviendrait les manifestations de la maladie

par Jean Hamann

Un régime alimentaire faible en acides gras oméga-3 pourrait amplifier les symptômes de la maladie d'Alzheimer, rapporte un article publié le 2 septembre par une équipe internationale de chercheurs dans la revue scientifique Neuron. En effet, des souris porteuses d'un gène humain responsable de la maladie d'Alzheimer ont montré une accentuation des signes biochimiques et comportementaux caractéristiques de cette maladie lorsque les chercheurs leur ont imposé un régime alimentaire faible en acide docosahexanoique (DHA), un acide gras de la famille des oméga-3. À l'inverse, ces symptômes se sont atténués lorsque les chercheurs ont ajouté du DHA à la ration quotidienne des souris.

Des études épidémiologiques avaient déjà rapporté que les populations humaines qui consomment beaucoup d'oméga-3 ont une plus faible incidence d'Alzheimer. "Notre étude vient établir un lien de cause à effet à cette relation en plus de proposer un mécanisme d'action", souligne le principal auteur de l'étude, Frédéric Calon, professeur à la Faculté de pharmacie et membre du Centre de recherche du CHUL.

Il y a beaucoup de DHA dans le cerveau, poursuit le chercheur. Cet acide gras intervient dans la fluidité des membranes des neurones, dans le transport des protéines et dans la transmission de l'influx nerveux. "Normalement, le cerveau conserve ses réserves de DHA, mais chez nos souris, leur concentration diminue rapidement lorsqu'on leur sert une diète pauvre en oméga-3", précise le professeur Calon.

Les chercheurs ont commencé à soupçonner que le DHA pouvait avoir un effet protecteur contre l'Alzheimer lorsqu'ils ont constaté que les souris transgéniques porteuses d'un gène de l'Alzheimer ne manifestaient que partiellement les signes de la maladie. "En vérifiant la composition de leur moulée, nous avons constaté qu'elle contenait beaucoup de poisson et de soya, tous deux riches en oméga-3", raconte Frédéric Calon. Les résultats de cette étude illustrent clairement comment les facteurs génétiques et environnementaux interagissent dans l'expression de cette maladie.

Pour l'instant, aucun médicament ne peut renverser ou stopper la maladie d'Alzheimer une fois qu'elle est enclenchée, d'où l'intérêt d'attaquer le problème avant qu'il n'apparaisse. Selon le Frédéric Calon, il est encore trop tôt pour prescrire l'usage de DHA ou d'autre acides gras oméga-3 en prévention de la maladie d'Alzheimer. "Cependant, compte tenu du faible risque associé à une consommation élevée d'acides gras oméga-3 et de leur effet protecteur possible dans les maladies cardiovasculaires, une consommation d'aliments riches en DHA ne devrait pas être découragée, particulièrement chez les personnes âgées", conclut rationnellement le chercheur, avant d'avouer qu'il a lui-même augmenté sa consommation de poisson et de comprimés d'oméga-3 au cours des derniers mois!