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9 septembre 2004

   

Université Laval

Déplacer les montagnes

De la géologie à la théologie, le parcours inusité du professeur et auteur Guy Jobin

par Yvon Larose

L'ouvrage La foi dans l'espace public, sous-titré Un dialogue théologique avec la philosophie morale de Jean-Marc Ferry, est paru ce printemps aux Presses de l'Université Laval. Il s'agit du premier livre de Guy Jobin, professeur adjoint de théologie morale et d'éthique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses. À partir du modèle développé par le philosophe français Jean-Marc Ferry, l'auteur réfléchit sur la contribution des discours religieux dans nos sociétés pluralistes, démocratiques et sécularisées. "Deux présupposés traversent mon livre, explique-t-il. Premièrement, les croyants peuvent s'insérer dans l'espace public, c'est-à-dire contribuer à la construction de la société. Or, la tendance actuelle serait de dire que la croyance est une affaire personnelle. Qu'elle n'a d'impact que sur la vie privée. Mais du point de vue du croyant, on ne peut se limiter à ça. La communauté de foi n'est pas là pour elle-même seulement. Parce qu'il y a cette dynamique du christianisme de ne pas rester replié sur soi. Deuxièmement, l'Évangile peut entrer en relation fructueuse avec toutes les cultures. C'est une conviction, un point de vue croyant sur les choses."

Une grande soif de connaissances
Curieux de nature, Guy Jobin a toujours eu un intérêt marqué pour la connaissance. Adolescent, il se passionne pour les questions scientifiques. À 19 ans, il entreprend un baccalauréat en génie géologique à l'Université Laval. Ses études lui apportent beaucoup de satisfaction et il envisage faire carrière en ce domaine. Il obtient son diplôme en 1987. Mais il n'exercera pas la profession d'ingénieur, car de cette époque date ce qu'il appelle "une sorte de retour à la foi". "Ce n'était pas une conversion, dit-il. Les religions m'avaient toujours attiré. Et ce retour à la foi s'accompagnait en même temps de la question du sens de la vie." Par voie de conséquence, Guy Jobin s'engage dans les milieux communautaires catholiques à Montréal et à Québec. Mais au bout de quelques années, il effectue un retour aux études. "Je me suis dit: c'est beau vivre de sa foi, mais il faut bien comprendre le monde dans lequel on vit. Passons donc par la sociologie, ensuite on fera théologie."

Il obtient son diplôme en sociologie en 1992. Il qualifie ces deux années passées à Laval de "décapantes" au point de vue intellectuel. Et de "déstabilisantes" au point de vue de sa vie croyante. "Ces années furent salutaires, indique-t-il. Cette mise à l'épreuve m'a fait perdre une certaine naïveté. Il ne faut pas rester dans sa naïveté par rapport à sa foi. Les illusions que j'ai perdues m'ont donné une distance critique par rapport à la vie croyante quotidienne." En 1994, il entreprend des études de théologie à l'Université Saint-Paul, à Ottawa. Six ans après, il obtient un doctorat en éthique théologique. Ce domaine touche au sens de la vie et consiste en une réflexion critique sur l'action, dans la mouvance de la foi.

Des influences réelles
De ses lointaines études de géologie, Guy Jobin a retenu la manière de penser et la rigueur de la démarche scientifique. Ces notions lui donnent des clés d'interprétation de la pensée des gens qu'il côtoie, dans ses travaux de recherche et par son implication en bioéthique, dans les milieux médicaux et scientifiques. Quant aux thèmes qu'il essaie de développer en éthique théologique, ils sont fortement influencés par son passage en sociologie. "Par exemple, l'attention aux dynamismes sociaux qui ont fait la société d'aujourd'hui, ajoute-t-il. D'avoir une certaine familiarité avec ces dynamismes me fait envisager autrement mon travail de théologien."
Comme théologien, Guy Jobin ne se voit pas comme quelqu'un qui doit dire les normes, ou les élaborer. "Je me considère plutôt comme quelqu'un qui doit se pencher de manière critique sur les discours normatifs dans les communautés de foi, dans l'Église et dans la société." Il croit qu'aujourd'hui il devient encore plus criant de bien comprendre notre monde. "Pour voir quel agir pertinent on peut avoir comme croyant pour la construction de la Cité, poursuit-il. Avec toujours cet impératif de croire que cette société peut être humanisante."