Au fil des événements
 

12 février 2004

   

Université Laval

Le goût du Québec

Nathalie Havet remporte le Prix d'excellence de la Faculté des sciences sociales dans la catégorie «Meilleure thèse»

Nathalie Havet aurait pu continuer longtemps à couler des jours heureux à l'Université d'Orléans en travaillant sur son doctorat. Un jour cependant, son destin a croisé Guy Lacroix, professeur au Département d'économique de l'Université Laval venu donner quelques cours de maîtrise dans cette université française, et sa vie a pris une nouvelle direction. Quelques mois plus tard, la jeune étudiante bouclait ses bagages et prenait l'avion pour poursuivre son doctorat en économique au Québec, sous la tutelle conjointe de sa directrice française Catherine Sofer et de Guy Lacroix. Cinq ans plus tard, la jeune diplômée a choisi de rester dans sa patrie d'adoption. Elle y a même trouvé un emploi, ainsi qu'un poste pour son conjoint français.

«Je ne crois pas que j'aurais terminé aussi rapidement mon doctorat si j'étais restée en France, remarque la jeune fille. À l'Université Laval j'avais un bureau avec mon propre ordinateur très performant pour traiter les nombreux calculs statistiques nécessaires à ma thèse, et surtout je bénéficiais d'un très bon encadrement.» Arrivée en août 1998 à Québec, l'étudiante s'est rapidement intégrée à la vie du Département d'économique qu'elle qualifie de très chaleureuse. Épaulée par une équipe de professeurs très disponibles, elle a mis les bouchées doubles pour terminer rapidement les cours de maîtrise qui lui manquaient, avant de retourner un an à Orléans pour continuer sa thèse car elle voulait avoir un doctorat valable aussi bien en France qu'au Québec.

À son retour à l'Université Laval en septembre 2000, Nathalie Havet s'est lancée dans la partie purement statistique de sa thèse. Depuis plusieurs années, l'étudiante s'intéressait aux différences salariales entre hommes et femmes en France, et elle cherchait à comprendre l'impact d'une loi française votée en 1983 pour favoriser un accès plus équitable à la formation professionnelle, aux promotions, ainsi que l'égalité des salaires. «J'ai constaté que la législation avait peu changé les choses car il existe peu de sanctions précises pour les entreprises, indique l'étudiante.»

Conciliation travail-famille
Sa thèse de doctorat examine donc la délicate question de l'inéquité salariale sans forcément accuser les employeurs de tous les maux, ni les excuser totalement d'ailleurs, car les salariés effectuent également des choix personnels tout au long de leur carrière. «Dès leur entrée sur le marché du travail, les femmes ont plus de difficultés à trouver un emploi, ou obtiennent des postes pour de plus courtes périodes, remarque Nathalie Havet. Par la suite, elles bénéficient moins des formations offertes dans l'entreprise et grimpent plus difficilement dans la hiérarchie par rapport à leurs collègues masculins». Selon la jeune fille, ces différences s'expliquent en grande partie par le fait que les employeurs ont du mal à évaluer la productivité des femmes. Souvent, bien sûr, ils craignent qu'elles n'interrompent leur carrière pour élever leurs enfants. Cependant une partie du problème viendrait aussi des difficultés de communication entre les femmes et leurs patrons masculins car ces derniers pensent parfois à tort que leurs employées s'impliquent moins dans leur travail. De leur côté, les travailleuses choisissent souvent de réduire leur semaine de travail pour assumer leurs nombreuses tâches domestiques.

Pour rétablir l'équité, il faudrait donc selon Nathalie Havet se doter d'une législation plus musclée, mais aussi que les murs évoluent. «La responsabilité de l'éducation des enfants revient encore aux femmes, et les hommes qui restent à la maison sont encore mal vus», constate-t-elle. Son travail très fouillé a valu à cette brillante étudiante de gagner récemment le Prix d'excellence de la Faculté des sciences sociales dans la catégorie "Meilleure thèse". Désormais analyste économique à Montréal pour un groupe américain, elle applique au quotidien les méthodes de recherche acquises durant sa scolarité puisqu'elle fournit des travaux aussi bien à des entreprises, qu'au gouvernement ou à des experts économistes témoignant lors de procès commerciaux.

PASCALE GUÉRICOLAS