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12 février 2004

   

Université Laval

Frivoles les hommes?

Le plus faible attachement amoureux des hommes n'est pas universel et les Québécois font partie des exceptions!

"Les hommes sont indépendants." "Les hommes ont peur de l'intimité." "Les hommes ne dévoilent pas leurs émotions." "Les hommes refusent de s'engager émotivement." Au tribunal de l'amour, l'homme est accusé de tous les maux. D'une part, par l'implacable expérience personnelle féminine. D'autre part, par des études produites aux États-Unis, en Europe de l'Ouest et en Australie qui appuient la thèse d'un moins grand engagement amoureux chez l'homme. Peut-on pour autant conclure que la frivolité est un trait universel du genre masculin? Que le non-engagement amoureux est à l'homme ce que la rayure est au zèbre?

Oui et non, conclut une méga-étude, menée dans 62 régions culturelles de 56 pays, à laquelle a participé Marguerite Lavallée de l'École de psychologie de l'Université Laval. Cette vaste enquête, rendue publique dans un récent numéro de la revue scientifique Personnal Relationships, a mis à contribution un groupe de plus de 100 chercheurs à travers le monde. Plus de 17 800 participants, la plupart étudiants universitaires, ont complété un questionnaire standard - qui a dû être traduit en 30 langues pour l'occasion - servant à mesurer les différences dans l'attachement amoureux entre hommes et femmes.

Des perles rares
Premier grand constat de l'enquête: dans certains coins du monde, les hommes s'engagent tout autant que les femmes en amour. Mais où donc se cachent ces perles rares?, demanderont certaines. Pas plus loin qu'au Québec et dans quelques autres pays, révèle l'étude.

Deuxième constat, l'engagement amoureux varie beaucoup, chez les hommes comme chez les femmes, d'un pays à l'autre. Ainsi, le plus fort score de non-engagement masculin revient au Bangladesh (4,92) et le plus bas à l'Argentine (2,76). Chez les femmes, l'Éthiopie vient au sommet (5,00) et l'Argentine (2,21) en bas de liste. La variabilité dans l'engagement amoureux à travers le monde - mesurée par l'écart-type - est le même pour chaque sexe (1,80). Les chercheurs ont aussi observé une très forte corrélation entre l'indice de non-engagement des hommes et des femmes d'un même pays (r= +0,87).

L'écart dans le non-engagement amoureux n'est statistiquement significatif que dans 37 % des régions culturelles étudiées, et dans tous les cas, les "fautifs" sont les hommes. Partout ailleurs, les différences sont petites ou modérées. Dans 11 des pays étudiés, dont le Québec, la tendance est même du côté d'un moins grand engagement amoureux de la femme.

Les auteurs concluent donc que le non-engagement amoureux masculin n'est pas aussi universel qu'on le prétendait et que certains facteurs en atténuent l'expression. "Bien que toute conduite humaine contienne un substrat biologique, il est clair que des facteurs sociaux (valeurs, normes, modes de vie) et environnementaux (climat, ressources matérielles) y jouent aussi un rôle très important, voire le plus important, dans sa manifestation", commente Marguerite Lavallée.

Société distincte?
Les Québécois obtiennent un score de non-engagement de 3,59, nettement sous la moyenne mondiale masculine de 3,88, alors que les Québécoises, avec 3,62, sont dans la bonne moyenne des femmes (3,55). Cette situation tranche avec le Canada anglais où l'écart entre les hommes (4,22) et les femmes (3,66) est prononcé. "Au Québec, certains faits historiques récents -la Révolution tranquille des années 1960, l'émancipation de la femme et le discours parallèle prônant l'égalité des sexes, l'éclatement des valeurs religieuses -font que les Québécoises se montrent plus "libres" que les Québécois dans l'expression d'une sexualité "conquise", alors que ces derniers montreraient plutôt un certain désarroi, les rendant moins frivoles, face à cette nouvelle dynamique", avance Marguerite Lavallée.

La psychologue pousse son analyse encore plus loin pour expliquer la tendre guerre des sexes. "Lorsque les femmes se montrent fidèles, les hommes, en plus grande confiance, osent se montrer plus détachés. Par contre, lorsque la femme s'affiche comme plus libre, peut-être y a-t-il, de la part de l'homme, une recherche plus grande d'attachement, les rendant à leur tour, plus fidèles", spécule-t-elle.

JEAN HAMANN