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5 février 2004

   

Université Laval

Adieu somnifères!

Des psychologues mettent au point un programme pour libérer les insomniaques chroniques de leurs médicaments

Une approche combinant un sevrage graduel de médicaments et un traitement psychologique aide les insomniaques chroniques à décrocher des somnifères en moins de trois mois. L'approche est d'autant plus prometteuse que, chez la majorité des insomniaques, elle ne réduit pas la qualité du sommeil et elle n'occasionne pas de problèmes d'anxiété ou de dépression. Dans le numéro de février de la revue scientifique American Journal of Psychiatry, Charles Morin, Célyne Bastien, Bernard Guay, Monelly Radouco-Thomas, Jacinthe Leblanc et Annie Vallières, de l'École de psychologie et du Centre de recherche Université Laval/Robert Giffard, rapportent qu'après 10 semaines de ce traitement combiné, 85 % des sujets avaient cessé de prendre des somnifères. Le taux de réussite obtenu avec chacune de ces deux méthodes appliquées isolément est encourageant, quoi que moins spectaculaire: il atteint 48 % dans le groupe "sevrage" et 54 % dans le groupe "traitement psychologique".

Les chercheurs ont testé ces trois approches auprès de véritables pros du dénombrement de moutons. Les 76 sujets qui ont participé à l'étude souffraient d'insomnie depuis 22 ans et ils consommaient des somnifères (benzodiazépine) depuis 19 ans en moyenne! "Nous voulions tester notre approche auprès d'insomniaques endurcis qui peuvent difficilement trouver de l'aide ailleurs", souligne Charles Morin. Ces personnes avaient tenté à six reprises, sans succès, de cesser d'utiliser des somnifères.

Les effets bénéfiques du traitement n'ont pas tardé à se manifester puisque 63 % des participants avaient cessé toute prise de somnifères après sept semaines. Dans l'ensemble, les trois approches ont permis de réduire de 90 % la quantité de somnifères consommés et de 80 % le nombre de nuits où les participants ont dû y recourir.

Pas de rebond
Au terme des 10 semaines de traitement, les sujets de trois groupes dormaient entre 20 et 40 minutes de moins chaque nuit, mais le temps passé en sommeil profond avait augmenté. "Il n'y a pas eu d'insomnie de rebond, contrairement à ce qu'on observe lorsque le sevrage est trop brusque", remarque Charles Morin. Le suivi effectué un an plus tard a démontré que les effets positifs du traitement diminuaient légèrement, mais que l'amélioration de la qualité du sommeil devenait plus manifeste. "Certains sujets avaient recommencé à prendre des somnifères, mais de façon occasionnelle, comme il est recommandé pour maintenir l'efficacité de ces médicaments et pour prévenir la dépendance psychologique", commente le chercheur.

Le sevrage graduel vise à réduire le recours aux somnifères selon un plan pré-établi, sous supervision médicale. Le traitement psychologique, mis au point par Charles Morin et son équipe, consiste à corriger certaines croyances qui contribuent à amplifier les problèmes d'insomnie, par exemple, qu'il faut dormir huit heures chaque nuit, qu'il faut toujours se mettre au lit à la même heure, etc. Il vise aussi l'adoption de comportements qui favorisent le sommeil, notamment se coucher uniquement lorsqu'on se sent fatigué, utiliser le lit seulement pour dormir (à proscrire donc: lecture, télé, bouffe, réflexion sur fond de plafond; seule exception autorisée: faire l'amour!), quitter la chambre si le sommeil ne vient pas après 15 à 20 minutes, et se lever à la même heure chaque matin peu importe le nombre d'heures dormies la nuit précédente.

JEAN HAMANN