Au fil des événements
 

5 février 2004

   

Université Laval

De l'informatique à l'alchimie

Les cimetières de pièces d'ordinateurs représentent un danger pour l'environnement et la santé publique dans des pays d'Asie

La plupart des gens se souviennent sans doute de leur premier ordinateur personnel. Certains l'ont peut-être encore, d'autres en ont disposé. Voulant bien faire, ces derniers ont leur vieille boîte beige au recyclage, laissant place à la plus récente technologie. Tout semble en ordre jusqu'à maintenant, mais des groupes environnementaux pensent différemment. Ces vieux appareils électroniques ont de fortes chances d'aboutir dans certaines régions pauvres de l'Asie, où ces déchets sont examinés et triés afin d'y dénicher des pièces ayant une quelconque valeur, et sont ensuite démolis ou brûlés. Des milliers d'ouvriers s'exposent ainsi à de nombreuses substances toxiques, en plus de polluer le sol et les cours d'eau. En Asie principalement, des habitants de villages entiers s'empoisonnent chaque jour en tentant de gagner leur vie et de nourrir leurs proches. Pour environ deux dollars par jour, travaillant sans protection réelle, des hommes, des femmes et des enfants passent leurs journées dans ces dépotoirs électroniques. Ils brûlent quelques pièces, versent de l'acide sur d'autres, pour tenter d'extraire un peu d'argent ou d'or de ces matériaux.

Toutes ces activités polluent considérablement l'environnement. Les pièces électroniques brûlées relâchent de la fumée cancérigène. Les acides utilisés rendent le sol inutilisable et l'eau impropre a la consommation. Par exemple, le village de Guiyu, en Chine, doit aller chercher l'eau d'un village situé a plus de 25 kilomètres. Chaque jour, des camions chargés d'eau desservent la population. Un échantillon d'eau d'une rivière près de Guiyu a été recueilli et analysé: le taux de pollution était 190 fois plus élevé que le niveau permis par l'Organisation mondiale de la santé. Le problème est grave, surtout depuis les ordinateurs sont plus rapides, plus performants, moins chers à chaque année et dotéa d'une gamme de nouveaux produits, notamment les lecteurs DVD, MP3 et les caméras numériques.

Des déchets américains
Les États-Unis produisent des milliers de tonnes de composantes électroniques chaque année. Environ 50 % à 80 % de toutes ces composantes seront exportées lorsqu'elles ne seront plus utiles. Ces exportations sont possibles en raison d'une main d'oeuvre moins coûteuse et des politiques environnementales moins strictes en Asie. De telles exportations sont illégales au Japon, au Canada et en Europe, mais les États-Unis les permettent encore, et d'une certaine façon encouragent de telles pratiques. Il ne faut cependant pas croire que les États-Unis sont les seuls responsables de ces exportations. En l'an 2000, au Canada, plus de 40 000 ordinateurs ont été jetés au rebut. Le Canada a quand même une longueur d'avance dans les plans de recyclage pour les vieux ordinateurs. Le programme "Ordinateurs pour les écoles", par exemple, qui vise à recueillir du matériel destiné à la poubelle, à le remettre en bon état, et à le distribuer aux écoles primaires et secondaires du pays.

Bien que la plupart des gens préfèrent ignorer le problème, certains commerçants ont tenté d'y apporter une solution. Un programme réel de recyclage a été mis sur pied, mais son utilisation n'est pas gratuite ni obligatoire. Sans organisation efficace et officielle, comme par exemple pour le recyclage du papier ou d'autres déchets simples, les déchets électroniques américains continueront d'être exportés en Asie. Une autre solution serait de sensibiliser les gens à l'utilité du vieux matériel. Il n'est pas obligatoire de se procurer toujours les plus récentes versions des logiciels privés. Un système d'exploitation gratuit et performant comme Linux fait le travail. Ceci contribuerait à diminuer la consommation globale d'ordinateurs, ce qui serait déjà un bon début pour résoudre le problème. Plusieurs personnes croient qu'il faudrait charger le coût de recyclage directement lors de la vente d'ordinateurs ou d'autres appareils électroniques, comme c'est le cas pour les boissons gazeuses. Sans un tel système, il sera très difficile de sensibiliser les gens aux effets dévastateurs qu'ont les déchets exportés par notre société. Sans pression publique à grande échelle, des endroits comme Guiyu continueront d'être pollués, et des populations entières souffriront en tentant d'extraire quelques pièces de valeur des ordinateurs au rebut, pour un salaire dérisoire.

MATHIEU PELLETIER

Mathieu Pelletier est étudiant au Département d'informatique et de génie logiciel. Il est le gagnant de la première édition d'un concours de vulgarisation scientifique organisé dans le cadre du Festival de Sciences et génie sur le thème: "L'environnement et mon département".