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16 octobre 2003

   

Université Laval

Impulsifs à risque

Quatre petites questions permettent d'identifier les futurs drop-outs des thérapies pour joueurs pathologiques

À l'aide de quelques questions simples, seriez-vous en mesure de départager qui, dans un groupe de joueurs pathologiques, ira jusqu'au bout de sa thérapie et qui décrochera en cours de route? Il y a fort à parier que non. Des chercheurs de l'École de psychologie, Jean Leblond et Robert Ladouceur, et leur collègue australien Alex Blaszczynski pourraient, eux, y parvenir avec un taux appréciable de succès, si on en juge par leur récent article paru dans le British Journal of Clinical Psychology. En effet, l'étude qu'ils ont menée auprès de 112 joueurs pathologiques montre que les décrocheurs ont un dénominateur commun, révélé par quelques questions bien simples: ce sont des impulsifs.

Les chercheurs ont soumis ce groupe de joueurs pathologiques à une série de questionnaires avant qu'ils n'entreprennent le "traitement Ladouceur". Cette thérapie - cognitive et comportementale - consiste à corriger la perception erronée du hasard entretenue par les joueurs invétérés. Ceux-ci croient mordicus qu'en flattant le hasard dans le sens du poil, ils peuvent orienter l'issue du jeu. Le traitement Ladouceur vise à remplacer des idées du genre "je suis dû pour gagner parce que je viens de perdre dix fois d'affilée" ou "après cinq "pile", un "face" est dû pour sortir" par des notions plus réalistes du hasard. Le traitement donne un taux de succès de 85 % ... mais encore faut-il le suivre jusqu'au bout. D'ailleurs, une méta analyse de 120 études montre que la moitié des joueurs pathologiques qui entreprennent une thérapie ne la complètent pas, notent les trois chercheurs dans leur article.

Dans leur propre recherche, les chercheurs n'ont découvert aucune différence entre les 43 participants qui ont abandonné et les 69 autres au chapitre du sexe, de l'âge, de l'éducation, du travail, du revenu, de la situation familiale, de la motivation au jeu, de l'anxiété, de la dépression ou de la consommation d'alcool. Par contre, les drop-outs avaient un score d'impulsivité plus élevé, révélé essentiellement par quatre questions (Aimez-vous planifier soigneusement les choses à l'avance? Aimez-vous prendre des risques? Quitteriez-vous votre emploi actuel avant d'en avoir trouvé un autre? Pouvez-vous exprimer rapidement vos idées en mots?).

Les réponses à ces questions permettent d'identifier à l'avance près de 80 % des participants qui vont abandonner la thérapie en cours de route, signalent les chercheurs. Les thérapeutes devraient donc considérer les joueurs pathologiques impulsifs comme des candidats à haut risque d'abandon et, conséquemment, accorder une attention spéciale à leurs progrès et leur proposer des interventions additionnelles pour les motiver, ajoutent-ils. "Les thérapeutes devraient même avertir leurs patients impulsifs, dès le début du traitement, qu'ils courent plus de risques que les autres d'abandonner", suggère Robert Ladouceur.

JEAN HAMANN