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16 octobre 2003

   

Université Laval

La clef, c'est le prof

Une étude souligne l'importance de l'implication des enseignants pour contrer le décrochage des garçons au collégial

Des chercheurs de l'Université Laval, un chercheur de l'UQAM et le Cégep Limoilou ont uni leurs efforts pour s'attaquer aux racines du décrochage scolaire en menant une étude recherche-action s'intéressant à près de 250 élèves. Une fois les raisons de l'abandon des cours cernées, il s'agissait de proposer à l'équipe d'enseignants responsables de ces élèves, inscrits en technique de l'informatique et en technologies du génie électrique, très majoritairement des garçons, une série de mesures visant à contrer l'échec scolaire.

Lors de rencontres préliminaires, les jeunes ont expliqué qu'ils trouvaient le premier trimestre au Cégep très difficile car ils doivent s'adapter à de très nombreux changements, aussi bien dans leurs cours que dans leur vie puisque c'est souvent la première fois qu'ils vivent seuls. Les chercheurs ont constaté par ailleurs que les garçons répugnent à demander de l'aide et que des enseignants ont tendance à ne pas fonder de grands espoirs sur leurs élèves mâles, jugés paresseux et "plus intéressés aux chars qu'aux études".

En collaboration avec des professionnels du Cégep Limoilou, Gilles Tremblay, professeur à l'École de service social de l'Université Laval, qui a conçu en bonne partie la recherche action, ainsi que Simon Larose, de la Faculté des sciences de l'éducation, ont donc proposé quatre mesures pour changer les choses. La première portait sur la formation de groupes de soutien en classe, dès le début de la session. À huit reprises, l'enseignant discutait durant une heure avec ses élèves de leur arrivée au Cégep en leur présentant les différents services offerts et en soulevant leurs possibles difficultés d'adaptation. Ces échanges ont permis aux jeunes de s'aider mutuellement et d'utiliser sans honte les ressources disponibles sur place, qu'il s'agisse d'aide psychologique, d'orientation, ou d'organisation du travail, alors qu'ils ont plutôt tendance à les bouder.

Des tête-à-tête fructueux
Les chercheurs ont ensuite instauré un tutorat professeur-élève. Formés en relation d'aide, les professeurs ont appris à écouter, à questionner, à référer les élèves, et surtout à mieux les comprendre lors de cinq rencontres trimestrielles individuelles. Lors de ces rencontres, les jeunes discutaient aussi bien de leur progression scolaire, que de leur rupture avec leur blonde, de leurs difficultés économiques ou des conflits avec leurs parents. "Souvent les jeunes se sentent isolés sans adulte de confiance à qui se référer, souligne Gilles Tremplay. Une des plus grandes leçons que nous tirons de l'étude, c'est l'importance des profs pour les jeunes, de leur regard, de leur attitude. Il faut que les élèves sentent qu'ils comptent pour eux."

La dernière mesure, mais non la moindre, portait sur le partenariat. La direction du Cégep a investi dans ce projet en y associant plusieurs professionnels du collège, mais également quelques ressources externes comme l'association l'AutonHommie. De plus, l'établissement a entrepris une vaste opération de communication interne pour mettre au premier plan la réussite scolaire des garçons notamment par des affiches, des articles dans les journaux ou des promotions à la radio du Cégep.

Manifestement, tous ces efforts commencent à porter fruits puisque les chercheurs ont observé une nette réduction du décrochage chez élèves qui avaient suivi les mesures, tant en informatique qu'en technologies du génie électrique. Mieux encore, les notes des élèves soutenus s'améliorent nettement par rapport à celles des jeunes du même programme non encadrés. Très satisfaits de ces premiers résultats, les responsables de la recherche entendent les diffuser le plus largement possible. Déjà, plusieurs cégeps reçoivent Gilles Tremblay et ses collègues du Cégep Limoilou pour en savoir davantage sur les outils mis en place. Par ailleurs, une campagne d'affichage portant sur la réussite scolaire des garçons pourrait suivre éventuellement dans plusieurs établissements du Québec.

PASCALE GUÉRICOLAS