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5 juin 2003

   

Université Laval

Toponymiste en Nouvelle-France

Champlain est passé à l'histoire comme l'un des plus importants créateurs de noms de lieux d'Amérique du Nord

Pour Christian Morissonneau, professeur au Département des sciences humaines de l'Université du Québec à Trois-Rivières et ancien commissaire de la Commission de toponymie du Québec, Samuel de Champlain, cet explorateur et colonisateur français mort à Québec en 1635, fut un géographe remarquable. "Qui peut se comparer en termes d'écrits, de dessins et de cartes à Champlain? demande-t-il. Il faudra deux siècles au Québec pour avoir quelqu'un de comparable. Avec plus de 330 toponymes, Champlain a sans doute été le plus grand créateur de noms de lieux français et l'un des plus importants toponymistes du continent."

Le mercredi 28 mai, au pavillon Palasis-Prince, Christian Morissonneau donnait une conférence lors du colloque "Quatre siècles de francophonie et d'échanges Europe-Afrique-Amérique". Selon lui, Champlain a passablement emprunté aux autochtones (9 % de ses toponymes) et pas mal moins à ses prédécesseurs. De Jacques Cartier, il a entre autres repris les toponymes "Île aux Coudres" et "Île aux Lièvres". Champlain a aussi ajouté des noms de lieux qui évoquent la faune ou la flore. D'autres toponymes de son cru sont soit commémoratifs, soit dédicatoires. C'est le cas du lac Saint-Pierre, ainsi nommé parce que Champlain l'a découvert le jour du martyre du saint en question.

Un toponyme à succès
Selon le conférencier, Champlain porte la responsabilité du succès historique, culturel, voire politique du toponyme "Québec", un mot algonquien qui aujourd'hui désigne aussi bien une ville et une province qu'une identité collective. "Cela est d'autant plus émouvant que ce nom au 17e siècle ne devait pas être très ancien dans l'inconscient indigène, souligne Christian Morissonneau. Une ou deux générations plus tôt, l'endroit portait un toponyme iroquoien: Stadacona ou Stadaconé."

Chez Champlain, le tiers des toponymes sont descriptifs. Environ 70 années avant lui, Cartier en avait utilisé trois fois moins en pourcentage. Une différence aussi marquée s'observe également avec les noms de saints. Champlain en utilisait la moitié moins en pourcentage (35 %) que son illustre prédécesseur (75 %). "Il s'agit peut-être là comme d'une trace indirecte de la naissance protestante dite hypothétique de Champlain, avance le conférencier. Même converti au catholicisme, les noms de saints ne lui viennent pas spontanément à la bouche autant que chez Cartier."

Christian Morissonneau rappelle qu'à l'époque de la Nouvelle-France, les toponymes français couvraient un bon tiers du continent nord-américain. "De la vallée du Saint-Laurent aux bayous de la Louisiane, des Rocheuses à Saint-Louis du Missouri, il fut un temps où les Grands Lacs portaient tous un nom français, indique-t-il. Il est quand même émouvant aujourd'hui, quand vous êtes dans le Wyoming sur la rivière Plate, d'arriver au massif des Grands Tétons dans les Rocheuses. Et la rivière Yellowstone? Elle s'appelait auparavant "rivière de la Roche jaune". J'ai par ailleurs un faible pour le toponyme "Talle de Saules", une municipalité de la Saskatchewan aujourd'hui appelée Willow Bunch."

Une importante contribution
Plusieurs peuples autochtones, dont les Innus-Montagnais, les Abénakis et les Micmacs, ont contribué au patrimoine toponymique québécois. Employés oralement, des milliers de noms de lieux autochtones ont été empruntés par les Français. Yamaska, Kamouraska et Coaticook sont des exemples de ces toponymes retranscrits dans une orthographe souvent approximative. "Tous les toponymes autochtones ont été transcrits, jusqu'au début du 20e siècle, selon les normes de la langue d'emprunt, explique Christian Morissonneau. Par exemple, Mascouche a été transcrit à la française et Natashquan a été transcrit à l'anglaise."

YVON LAROSE