Au fil des événements  
 
 30 janvier 2003

 Université Laval

De l'idée au projet au produit

Entrepreneuriat Laval a donné à la jeune firme Viridis Biotech le coup de pouce qui lui permettra de lancer un hydrogel novateur sur le marché biopharmaceutique

Le célèbre proverbe "Dans les petits pots, les meilleurs onguents" va comme un gant à la firme Viridis Biotech. Transparent, inodore, le produit qui mobilise les énergies des fondateurs de cette entreprise de Québec depuis le milieu des années 1990 n'a à priori rien de bien spectaculaire. Pourtant, l'hydrogel développé par Marc Bossé et Rémi Laliberté risque de changer grandement les techniques de détection sur lames de microscope dans le secteur biopharmaceutique. En utilisant ce polymère, les chercheurs peuvent en effet réduire considérablement le temps nécessaire au diagnostic lorsqu'il s'agit de repérer des protéines ainsi que l'ADN ou l'ARN dans des tissus humains. La découverte des deux diplômés de l'Université Laval pourrait donc avoir d'importantes répercussions pour la recherche sur les maladies chroniques puisqu'il facilite l'étude de l'expression des gènes.

La firme Viridis Biotech est née d'une frustration, celle de deux chercheurs en médecine expérimentale qui jugeaient les techniques de détection longues et fastidieuses. Marc Bossé et Rémi Laliberté travaillaient sur des cellules en culture et des tissus qu'ils devaient examiner sur des lames de microscope. Bien souvent, le travail n'avançait pas car le liquide servant à colorer les tissus s'évaporait ou débordait de la lame, ce qui endommageait le tissu examiné. Les deux chercheurs ont alors commencé à réfléchir à des façons de pallier ces problèmes récurrents.

"Au début, nous avions pensé miniaturiser une partie des lames de microscope, explique Rémi Laliberté. Mais une étude de marché, effectuée par des étudiants en marketing de la Faculté des sciences de l'administration grâce à Entrepreneuriat Laval, nous a convaincus que nous faisions fausse route." Dès 1996 en effet, Marc Bossé et Rémi Laliberté avaient contacté Entrepreneuriat Laval pour obtenir des conseils sur le démarrage d'entreprise. Quelques mois auparavant, leur participation à Bio-Contact, un congrès d'entreprises en biotechnologie organisé à Québec, les avait convaincus du potentiel commercial d'un produit susceptible d'améliorer les techniques de détection en laboratoire.

Chercheurs et squatteurs
À la suite des conclusions de l'étude de marché, les deux scientifiques- entrepreneurs passent de longs mois à chercher quel produit pourrait le mieux répondre aux besoins des chercheurs. À cette époque-là, le financement manque, et ils doivent même s'inscrire à un programme de soutien du gouvernement du Québec aux travailleurs autonomes. Installés ensuite dans des laboratoires annexes au Centre de recherche de l'Hôpital Laval, ils effectuent des contrats de service en biologie moléculaire pour faire bouillir la marmite. "Il n'existait pas à ce moment d'incubateur en biotech dans la région de Québec, précise Rémi Laliberté. Il nous fallait donc squatter des labos, car nous avions besoin d'équipements très chers comme des congélateurs à ­80 degrés Celsius ou une centrifugeuse pour travailler."

Parallèlement à leur recherche scientifique, les deux fondateurs s'intéressent aussi, avec l'aide d'Entrepreneuriat Laval, à la recherche de financement. Les personnes ressources d'Entrepreneuriat Laval leur expliquent les principes du plan d'affaires, et surtout comment adapter ce document à la réalité d'une entreprise basée sur le savoir. Les deux scientifiques apprennent rapidement à vulgariser leurs propos pour rendre leur produit attrayant et compréhensible. L'arrivée dans l'équipe de Bruno Laliberté, diplômé en sciences de l'administration spécialisé en finances, et frère de Rémi, va justement permettre de pallier leurs lacunes du côté du financement.

Une bourse payante
"Je me souviens que nous avons imprimé à toute vitesse notre plan d'affaires en plusieurs exemplaires pour le transmettre avant la date limite au jury du concours "De l'idée au projet" d'Entrepreneuriat Laval, en 1999", raconte Bruno Laliberté. Leur obstination a payé puisque Viridis Biotech a ensuite remporté, avec son hydrogel, le premier prix national du Concours québécois en entrepreneurship dans la catégorie "Innovation technologique", assorti d'une bourse de 15 000 $. Le reste du financement de 1,2 million de dollars a alors suivi, permettant la création de sept emplois. Après une deuxième ronde de financement ayant permis à Viridis Biotech de récolter 1,6 million de dollars provenant essentiellement de trois sociétés québécoises de capital de risque, du Centre financier aux entreprises des Hautes Marées (Caisse Desjardins de Sainte-Foy), et du Bureau de la capitale nationale, l'entreprise souhaite désormais commercialiser son hydrogel.

"Nous visons le marché américain avec l'aide de deux personnes qui travaillent notamment à nous trouver des distributeurs aux Etats-Unis et à conclure des alliances stratégiques, indique le directeur financier Bruno Laliberté. Nous travaillons aussi sur un projet d'usine pilote afin d'augmenter la production." Pour l'instant en effet, l'équipe loue des laboratoires proches d'un centre de recherche de l'Hôpital Saint-François d'Assise, et partage certains de leurs équipements. Tous les membres de l'équipe sont convaincus de la pertinence du produit développé à petite échelle. L'essor fulgurant de la recherche en génétique devrait le rendre bientôt indispensable pour les manipulations en laboratoire.

PASCALE GUÉRICOLAS