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 30 janvier 2003

 Université Laval

Des pharmaciens docteurs?

Un programme de doctorat professionnel permettrait de mieux préparer les futurs pharmaciens aux nouveaux défis de la profession

D'ici dix ans, les nouveaux pharmaciens qui entreront sur le marché du travail pourraient bien être docteurs... en pharmacie bien sûr! En effet, les deux universités du Québec qui forment des pharmaciens -l'Université Laval et l'Université de Montréal - élaborent présentement un programme qui conduira au doctorat professionnel plutôt qu'à l'actuel baccalauréat en pharmacie. "Il s'agit là d'une évolution normale de la profession, pas d'une révolution", a précisé la vice-doyenne de la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, Claude Mailhot, lors du Congrès "Médicaments, pharmacie et société", qui avait lieu la semaine dernière à Québec.

Présentement, 85 collèges américains offrent ce programme qui comprend, en moyenne, 150 crédits de formation. "Les programmes de baccalauréat de Montréal et Laval ont respectivement 142 et 128 crédits, a souligné la vice-doyenne Mailhot. Les crédits manquants touchent surtout les stages et les cours de gestion. La marche n'est donc pas très haute entre nos programmes et le doctorat professionnel." Le programme de premier cycle conduisant au doctorat professionnel en pharmacie s'échelonnerait sur quatre ans, comme l'actuel programme de bac. Il placerait les étudiants du Québec au même niveau que les étudiants américains et il contribuerait à la valorisation de la profession de pharmacien, estime Claude Mailhot. "Les étudiants en pharmacie seraient mieux formés, ajoute la doyenne de la Faculté de pharmacie de l'Université Laval, Monique Richer. Les facultés rapatrieraient la gestion des stages, ce qui permettrait un meilleur encadrement des étudiants et une uniformisation de la formation pratique."

L'échéancier préliminaire prévoit que les premiers étudiants de ce programme seront admis à l'automne 2005, de sorte que les premiers détenteurs de doctorat professionnel en pharmacie commenceront à pratiquer en 2009. Les deux universités songent déjà à offrir un programme destiné aux pharmaciens en pratique qui souhaiteraient parfaire leur formation pour obtenir le nouveau diplôme. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres, prévient la doyenne Richer. "C'est l'Ordre des pharmaciens qui va déterminer si le doctorat en pharmacie est une condition d'entrée à la pratique. Il faudra ensuite obtenir l'aval de la CREPUQ et du ministère de l'Éducation, ainsi que les fonds nécessaires pour mettre le programme en marche. Ça pourrait être plus long que prévu." Une chose est cependant certaine, les deux facultés de pharmacie ont l'intention de tenir ferme la barre en direction du doctorat professionnel.

Beaucoup d'appelés...
En 2002, la Faculté de pharmacie de Laval a choisi 147 nouveaux étudiants parmi les 1 000 demandes d'admission qu'elle a reçues. À Montréal, 1 500 candidats se sont disputé les 170 places disponibles. Dans les deux facultés, les candidats en provenance des cégeps sont évalués uniquement sur la base de leur cote de rendement général. Pourrions-nous faire mieux?, s'interroge-t-on dans les deux facultés. Le processus de sélection des futurs représentants de la profession ne pourrait-il pas tenir compte des qualités de communicateur, de l'analyse critique, du jugement, du professionnalisme, de la motivation et des autres qualités qui font le bon pharmacien?

Marie-Claude Binette, de la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, a dressé le bilan des démarches effectuées depuis plusieurs mois pour identifier LE test qui réussirait ce prodige. Si aucun ne s'est révélé le remède à tous les maux, sa faculté a tout de même décidé d'accorder une pondération de 15 % au test de Profil d'admission de l'étudiant, dès l'automne 2003. Ce test consiste à répondre par écrit à cinq ou six questions portant sur la motivation, la démarche qui a conduit l'étudiant à choisir la pharmacie et au professionnalisme.

À Laval, la Faculté de pharmacie n'entend pas suivre Montréal dans cette voie, du moins pas tout de suite. "Nous réfléchissons à la question, mais nous conservons le même processus pour les admissions de l'automne 2003, avise Monique Richer. Nous étudions cependant la possibilité d'utiliser le test de la Faculté de médecine (Appréciation par simulation) parce qu'il permet de bien évaluer la capacité de communiquer des candidats. C'est l'un des problèmes les plus courants que nous avons identifiés chez nos étudiants. Certains sont surpris d'apprendre qu'il faut être capable de bien communiquer lorsqu'on est pharmacien. Pourtant, c'est une qualité fondamentale dans notre profession."

JEAN HAMANN