Au fil des événements  
 
 30 janvier 2003

 Université Laval

Des gnomes sur la pelouse

Selon Jocelyn Gadbois, le nain de jardin est un billet pour l'imaginaire


Ils sont petits, souriants et grassouillets. Ils portent une longue barbe blanche et sont coiffés d'un bonnet rouge pointu. Enfin, ils ont à la main un objet, soit une lanterne, un marteau ou autre. Ceux et celles qui ont vu le récent film Le fabuleux destin d'Amélie Poulain auront sans doute reconnu le nain de jardin dans cette description. Peu répandues au Québec, ces statuettes de bonshommes joviaux aux couleurs vives, apparues en Europe vraisemblablement au début de la Révolution industrielle, font l'objet d'un véritable engouement dans des pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou la France. Les sites Internet qui leur sont consacrés se multiplient. Même le chanteur Renaud leur a dédié une chanson. "Il mettait du soleil sur ma pelouse", chante-t-il à propos de son nain de jardin qu'on lui a volé, "toutes les fleurs en étaient jalouses."

Jocelyn Gadbois, étudiant au nouveau baccalauréat intégré en anthropologie et ethnologie, s'est intéressé au sens des nains de jardin dans le cadre du cours Introduction à la culture matérielle. Dans ce dessein, il a consulté un corpus de sources électroniques et il a effectué une enquête ethnologique auprès de trois propriétaires de nains de jardin de l'Outaouais et de six jeunes adultes. Il présentera les résultats de sa recherche le samedi 1er février en après-midi à la salle 3D du pavillon Charles-De Koninck durant une activité de la journée "Rencontre avec l'ethnologie". Il a aussi écrit un article scientifique sur le sujet qui paraîtra incessamment dans la revue canadienne Culture & Tradition.

Le symbole de "nainporte" quoi
Le nain de jardin peut représenter bien des choses. Il peut servir à l'ornementation du jardin et il peut symboliser une valeur comme le travail. Il peut également être un objet de bonheur par son côté amusant et son éternel sourire. L'aspect kitsch, ou mauvais goût, du gnome jardinier peut par ailleurs susciter la dérision. Enfin, un tel objet peut servir de moyen d'expression. "Posséder un nain de jardin, explique Jocelyn Gadbois, c'est se démarquer en affirmant son individualité. Pour certains, il sert à se dissocier de la culture élitiste et du modernisme en art, pour d'autres à se dissocier de la culture de masse."

Jocelyn Gadbois croit que le nain de jardin est avant toute chose un "billet pour l'imaginaire". "C'est là toute la particularité du nain de jardin, affirme-t-il. Lui-même être imaginaire, il fait entrer dans un monde immatériel, fantaisiste, féerique. Cela répond à un besoin profond chez l'humain de s'évader de son quotidien, de croire à un monde autre que le monde réel." Le nain de jardin se voudrait donc une passerelle entre la réalité et une sorte de royaume enchanté à la Walt Disney. "D'ailleurs, indique Jocelyn Gadbois, ce n'est pas un hasard que les gens les plus enclins à posséder un nain de jardin aient comme caractéristique d'avoir gardé leur coeur d'enfant."

En France, le phénomène des nains de jardin a entraîné la création de groupuscules qui, sous le signe de la plaisanterie, dérobent les gnomes à leurs propriétaires. Le Front de libération des nains de jardin (FLNJ) est l'un de ceux-là, lui qui a pour objectif de libérer les gnomes de leur prétendue servitude pour les retourner à leur milieu naturel, la forêt. Il y a quelques mois, le site Internet du FLNJ faisait état de la première action menée par l'Association des amis des nains de Québec. À cette occasion, six gnomes avaient recouvré la liberté.

YVON LAROSE