Au fil des événements  
 
 30 janvier 2003

 Université Laval

La beauté hospitalière


Des patients du Centre Robert-Giffard et des étudiants de la Faculté de médecine proposent une réflexion commune sur le corps et l'art


Les murs de la Salle d'exposition du pavillon Alphonse-Desjardins participent ces jours-ci à une grande première. Pour la première fois, les artistes de l'atelier "Vincent et moi" du Centre hospitalier Robert-Giffard exposent leurs oeuvres en même temps que celles des étudiants en médecine de l'Université Laval. Une rencontre née du désir de Diane Houle, étudiante en quatrième année, de laisser libre cours à sa passion pour les arts et de contribuer à faire tomber quelques préjugés sur les personnes souffrant de maladie mentale.

"J'ai trouvé beaucoup d'émotions dans les dessins des artistes du Centre hospitalier Robert-Giffard, raconte Diane Houle. Leurs oeuvres ont du vécu, elles portent leurs réflexions sur leur vie." Depuis deux ans, le programme "Vincent et moi" permet de constituer une banque d'oeuvres d'art à partir des créations des personnes qui fréquentent ce centre hospitalier. Certaines institutions comme le Musée de la civilisation ou le Théâtre de la Bordée en exposent, tandis que d'autres décorent les bureaux ou les couloirs de l'hôpital. "Les artistes voient qu'ils sont reconnus pour leur talent artistique et non pour leur maladie", précise François Bertrand, psychologue au centre hospitalier.

Diane Houle a sélectionné une quinzaine d'oeuvres qui expriment la frustration de leurs créateurs, ou leur désir de s'en sortir grâce à des outils de pouvoir magique. Ces dessins et peintures, qui représentent essentiellement des corps et des visages, côtoient ceux des étudiants en médecine qui ont envie d'oublier l'anatomie l'espace d'une création. "En médecine, on parle beaucoup du corps, des muscles, mais toujours du point de vue de la maladie, explique la coordonnatrice de l'exposition. Nous avions envie d'extérioriser notre obsession pour le corps, de retrouver une certaine esthétique."

Les fusains de nus ressemblant à ces statues si populaires sous la Renaissance italienne, ou ces photos mélangeant allègrement des corps et des dessins, ainsi que les portraits au trait net et précis permettent ainsi aux apprentis-médecins de renouer avec la beauté. "La médecine est un métier exigeant, constate Diane Houle qui a déjà effectué plusieurs stages dans des hôpitaux au Mexique et en Tunisie. Je crois que l'expression artistique nous offre une échappatoire à la maladie. C'est une façon de se faire du bien." Plusieurs des étudiants qui participent à l'exposition partagent d'ailleurs ce point de vue puisqu'ils poursuivent une formation artistique en parallèle avec leurs études médicales. Une façon peut-être de devenir des praticiens vraiment complets. "Le corps et l'art" se tient jusqu'au 7 février à la Salle d'exposition du pavillon Alphonse-Desjardins.

PASCALE GUÉRICOLAS