Au fil des événements  
 
 30 janvier 2003

 Université Laval

LE COURRIER

Non à la guerre contre l'Iraq

Il est bien tentant pour le Canada de prendre part à l'initiative militaire américaine contre l'Irak, et ce sans l'aval des Nations Unies. Une tentation dangereuse pouvant nous entraîner dans une aventure inutile, coûteuse et fort risquée tant sur les plans politique et humanitaire. Heureusement, le premier ministre Jean Chrétien a rappelé récemment son ministre de la Défense à l'ordre, mais non sans certains atermoiements. On ne peut que louer la position franco-allemande qui est pour le moins catégorique à ce sujet. En effet, la France et l'Allemagne, par le tandem Chirac/Schroeder savent dire NON à une telle aventure, n'en déplaise à l'administration Bush. À l'instar de Berlin et de Paris, le Canada devrait dire NON, en dépit des craintes de représailles. C'est tout de même un principe fondamental de la souveraineté étatique pour un pays de décider si on va en guerre ou pas.

La contribution canadienne devrait plutôt s'articuler autour des efforts politiques et diplomatiques pour éviter un conflit avec l'Irak. Le Canada pourrait ainsi jouer un rôle plus utile en, notamment: exigeant la poursuite du travail des inspecteurs de l'ONU, ce qui donne plus de temps à la paix; réclamant ouvertement la levée des sanctions commerciales contre l'Irak car une population affaiblie par le blocus ne facilite en rien le renversement d'une dictature; en faisant la promotion du respect des normes du droit international; en favorisant une coopération avec l'Irak qui serait conditionnelle à une démocratisation, à l'élimination des armes de destruction massive et au respect des droits fondamentaux. L'aide canadienne pourrait appuyer particulièrement les organisations civiles et communautaires qui ont durement souffert durant les12 années d'embargo.

Mais il revient d'abord et avant tout à nous, les citoyens, de remettre nos responsables politiques dans le droit chemin en les obligeant à adopter une politique étrangère plus constructive, avant-gardiste et créative. Il convient aussi de réclamer un vote libre au Parlement sur une question aussi capitale. Les nombreuses manifestations pacifiques survenues au Canada et ailleurs dans le monde, le 18 janvier, démontrent bien ce que les masses populaires de différents milieux peuvent faire pour faire entendre leur voix auprès de leurs dirigeants. Cependant, la diplomatie est bien loin d'avoir gagné la bataille et nous devons demeurer bien vigilants et pro-actifs quant aux décisions émanant des hautes sphères politiques.

YVON GAMACHE
Diplômé de l'Université Laval
Québec

Rescapons la forêt partout

Se considérant respectueuse des bonnes pratiques forestières, voilà que l'industrie des pâtes et papiers, du sciage et du déroulage des feuillus dit voir d'un il sympathique la venue d'une enquête publique sur ses pratiques dans la forêt du sud du Québec. Fort bien, quoiqu'il restera à valider ce dire, sans compter que la forêt du sud réclame davantage. Car il reste aussi à dévoiler les milliers d'hectares de coupes annuelles émanant des porcheries, dans leurs recherches effrénées de sol pour épandre leurs millions de tonnes de purin polluant. Non seulement il faut voir comment leur délinquance viole l'esprit sinon la lettre de la loi de la protection des sols agricoles, mais il faudra aussi voir auprès de qui sont écoulés les arbres résultant de la mise à sac de ces forêts de feuillus. Finalement, objet premier et acteur de longue date du litige, il importe de scruter méticuleusement et sans détours l'industrie des pâtes et papiers, source de deux siècles d'incurie et de domination économiques faite sur le dos des ressources de notre grande forêt publique.

Pour revoir la question, l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec propose de s'inspirer des constats de 1998 faits par le ministère des Ressources naturelles du Québec, puis des mémoires déposés à la commission parlementaire tenue en 2000. Voilà qui dévoile tout à coup une proposition surprenante, pour qui s'appliquerait à réellement reconnaître la réalité des problèmes qui affligent outrageusement nos forêts. Faire ainsi ne manquerait pas d'entraîner la prolongation de la situation actuelle, cette approche continuant de ne faire intervenir encore et toujours que les mêmes acteurs incongrus de nos forêts. Car il importe de bien comprendre que ce sont justement ces études partiales qui ont servi à revoir la loi sur les forêts en 2001, n'apportant que des modifications superficielles en reconduisant somme toute le système forestier désastreux entériné jusque là par la loi de 1987.

J'ai défini le concept des réserves écologiques, qui fut à la base de la loi de 1974, ayant pour but de protéger des parties d'écosystèmes forestiers uniques et représentatifs pour des fins de recherches. Je me plaisais à croire à ce moment-là que leur existence amènerait l'adoption de pratiques forestières cohérentes et respectueuses, tant envers la nature qu'envers notre système socio-économique forestier, pourtant si essentiel à notre développement. Hélas, la clairvoyance et l'intelligence de Kevin Drummond, le ministre des Terres et Forêts de l'époque et auteur de cette loi, n'auront pas suffi pour contrer l'accélération de la razzia des prédations honteuses dont la forêt continue d'être victime, car à peu près aucun des ministres subséquents ne se sont portés garant du développement durable. Tout comme j'ai été à même de le constater dans des pays tropicaux, je crains les conséquences lorsque viendra le jour où cette exportation à outrance, qui est destructrice du cycle séculaire de la vie de toutes forêts, se heurtera bientôt à une source complètement tarie.

Par ailleurs, avec un groupe de citoyens préoccupés d'environnement et de qualité de vie dans leur milieu urbain, nous observons tous là aussi et avec dépit la désinvolture avec laquelle les villes et municipalités se considèrent autorisées à faire disparaître leurs grandes forêts urbaines. Que de fois, le peu qu'il en reste tombe victime de détournements du bon sens et de l'appât du gain, sous l'égide de fallacieux prétextes de développement, argument mille fois brandi. Pire encore et comme si cela ne suffisait pas, elles sont aussi détruites pour satisfaire aux exigences débridées de la dynamique économique et du profit sans fin des intervenants du tout à l'automobile, une hégémonie monopolistique honteuse. Toutes ces dynamiques se posent à l'encontre de la recherche de convivialité du citoyen avec sa nature et d'une saine préoccupation envers notre bien commun.

Cette liquidation tous azimuts de nos ressources collectives marque notre égoïsme sociétal immédiat de rechercher à tout prix des billets verts destinés à une consommation sans retenue, un attitude très loin de la simplicité volontaire. Ce comportement n'entraînera qu'appauvrissement et déstabilisation sociale pour nos enfants, en outre de la détérioration écologique actuelle de nos milieux de vie. Vivement, que surgisse une réelle remise en question des sévices que subissent nos forêts des bois, des champs, et des villes, puis qu'un tel exercice ne puisse plus être neutralisé, ni en cour de route ni à la dernière minute, par les forces de l'ombre!

GILLES LEMIEUX
Département des sciences
du bois et de la forêt