9 mai 2002

 Vanessa ou l'appel de la nature

De Paris à Anticosti, il y a un sentier bordé de rêves que Vanessa Viera a arpenté le pied léger et le coeur joyeux

Un jour, à travers la rumeur de Paris, Vanessa Viera a distinctement entendu l'appel de la nature. Cet appel répétitif, répercuté comme un écho incantatoire sur le béton de la ville, n'avait qu'un nom: Ca-na-da. Trois ans plus tard, en 1999, pendant sa licence en biologie des organismes et des populations à l'Université de Paris à Orsay, elle cède finalement à cet appel. "Je suis une amoureuse de la nature et des grands espaces. C'est ancré en moi. J'ai décidé de profiter du programme d'échanges de la CRÉPUQ pour venir faire une année d'études au Canada, à l'Université Laval", raconte l'étudiante-chercheure du Département de biologie, associée au Centre d'études nordiques. J'ai tellement aimé le pays que j'ai voulu y rester!"

Photo MarieLou Coulombe

Vanessa Viera, partagée entre le rêve et la réflexion, dans une tourbière de l'île d'Anticosti.

 Si le rêve se nomme Canada, le rêve dans le rêve s'appelle Anticosti. Au cours de l'été 2000, elle part donner un coup de main à un autre étudiant français du Département de biologie qui mène des travaux sur l'île inventée par le riche chocolatier Henri Menier. "En arrivant là-bas, ça a été la révélation, le déclic total. On se retrouve vraiment ailleurs sur Anticosti. On déconnecte totalement. L'endroit est paradisiaque et l'écosystème perturbé par le cerf est idéal pour la recherche. Alors, je me suis dit: pourquoi ne pas allier les deux?"

Pourquoi pas en effet. Septembre 2000, la voilà donc inscrite à la maîtrise dans l'équipe de Jean Huot, dans l'espoir d'aller, à son tour, découvrir les secrets de l'île.

Par un heureux hasard, le choix sur lequel elle arrête son sujet de recherche lui fera découvrir non seulement Anticosti, mais également plusieurs îles de la Minganie.

Effets de cerfs
Dans la foulée des travaux de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti, l'étudiante-chercheure a étudié l'impact du broutement des cerfs sur les communautés végétales d'Anticosti. "Nous avions besoin de sites témoins, épargnés par les cerfs, et les îles de Mingan étaient idéales. Elles sont situées à 40 km d'Anticosti, elles partagent la même origine géologique, le même climat et le même type de végétation boréale. On y retrouve aussi les mêmes herbivores, à l'exception du cerf, exclusif à Anticosti."

Exclusif, mais abondant! Les 200 cerfs introduits sur l'Île entre 1896 et 1900 comptent aujourd'hui 120 000 descendants, qui rasent tout sur leur passage. "Il n'y a cependant pas de différences dans le nombre total d'espèces végétales recensées dans les îles de Mingan (84) et à Anticosti (86)", a expliqué l'étudiante-chercheure à la cinquantaine de personnes qui assistaient au 1er colloque annuel de la Chaire, présenté sur le campus le 1er mai. "Cependant, les espèces les plus abondantes diffèrent dans chacun des milieux. Le broutement du cerf influence la composition de la végétation à Anticosti en modifiant la succession naturelle." L'inventaire des plantes qui croissent dans des exclos, installés sur l'île en 1996, révèle que des espèces qu'on croyait disparues d'Anticosti, reviennent lorsqu'elles sont protégées des chevreuils. "Il reste à déterminer la densité seuil de cerfs qui permettrait la régénération naturelle de ces plantes dans leur milieu", analyse-t-elle.

Vanessa Viera a-t-elle trouvé ce qu'elle cherchait en répondant à l'appel de la nature canadienne? "Mais alors là parfaitement!, lance-t-elle. Le rêve est devenu réalité." Ses projets d'avenir oscillent entre un éventuel doctorat, un travail qui la garderait en contact avec la nature et un voyage en Asie, qui aussitôt terminé la ramènerait au Canada! "La seule chose dont je suis certaine pour l'instant est que je veux rester ici. Je n'irai pas chercher plus loin, parce que j'ai trouvé ce que je voulais."

JEAN HAMANN