6 décembre 2001

Curieux/Curiosités

La Galerie des arts visuels propose les objets mémoire d'Ève Cadieux et les personnages urbains de François Cormier

Ève Cadieux détient une maîtrise en histoire de l'art et création visuelle de l'Université de Montréal. Depuis 1995, elle a participé à près de trente expositions individuelles et collectives. L'artiste collectionne les vêtements et accessoires de papier pour poupées de carton miniatures depuis sa tendre enfance. "Je me disais qu'un jour, ça pourrait servir, explique-t-elle. Je me souviens que ma mère essayait de les jeter et quej'allais les chercher dans la poubelle."

Aujourd'hui, cette curieuse petite manie prend tout son sens dans l'exposition "Curiosités" où elle présente trente de ses petits trésors grandeur réelle sur pellicule en noir et blanc, tous minutieusement codés et étiquetés du nom de celle qui les a portés.

Les curiosités d'Ève Cadieux comprennent également six photographies, agrandies à l'échelle humaine, de vêtements de poupées de laine et de tricot confectionnés par sa grand-mère et sélectionnés parmi une garde-robe d'une cinquantaine de morceaux. "Je me suis amusée à faire la designer. Quand on est petit, on a l'impression de porter nous-même les vêtements, explique-t-elle. J'ai eu le goût de pousser l'expérience plus loin en les agrandissant." Ainsi, la plus petite photo (papillon) mesure quatre pieds, tandis que la plus grande (mante religieuse) fait six pieds. C'est qu'Ève Cadieux a attribué, en plus de leur nom d'origine, des noms d'insectes à certaines de ces créations, pour leur ressemblance mais aussi à cause "du rituel de les épingler", comme une collection d'insectes. Pour définir le relief des textures des vêtements et le champ de profondeur, trois des photos ont été prises sur fond bleu "poétique", tandis que les trois autres ont été captées sur du blanc "médical". "Même si cette collection fait partie de ma mémoire personnelle, je me suis aperçue que les gens s'y reconnaissaient également", affirme l'artiste.

Une caméra dans la fenêtre
Après avoir complét.son baccalauréat en arts visuels à l'Université Laval, François Cormier s'est installé dans un appartement de l'avenue du Mont-Royal à Montréal. Depuis ce temps, il s'amuse à croquer les passants qui défilent devant chez lui avec son appareil photo. De la fenêtre de son atelier, sa caméra équipée d'un moteur a fait des milliers de clichés sans flash sur une période de quatre ans. L'exposition "Curieux", affiche aujourd'hui le résultat de ces heures passées devant la fenêtre, avec une centaine de photos prises sur le vif.

Comment donc choisit-il ses sujets ? "Il n'y a pas vraiment de concept, explique François Cormier. Ce sont les détails et les hasards qui attirent mon attention sur les piétons qui passent devant ma fenêtre." On peut donc y voir cette dame, le nom Robert tatoué sur le bras droit, qui semble un peu perdue, ou cet homme qui sort de sa voiture d'un air décidé. "Les voitures stationnées le long du trottoir ont souvent été une source de frustration, jusqu'à ce que je décide de les inclure dans le projet", fait valoir François Cormier. Pour ce dernier, l'assemblage des photos s'est présenté comme une évidence: "Chaque piéton est unique. Cependant, au fur et à mesure que les films étaient développés, les comparaisons devenaient inévitables." Deux personnes qui sont passées devant sa fenêtre sans jamais s'y être réellement croisées peuvent donc être mises en relation, par l'entremise du téléobjectif.

La plus saisissante des associations est sans doute celle d'une femme qui marche vers l'Est, placée à côté de la photo d'un homme marchant en sens inverse, un serpent sur les épaules. François Cormier a baptisé ces personnages, qui semblent marcher l'un vers l'autre "Adam et Ève". Un pan de mur de l'exposition a aussi été consacré à la reconstitution du paysage de ce segment de rue par collage. Cette méthode de travail a son charme, puisque l'observateur se transforme en curieux, tenté par l'envie de décoller la photo pour voir ce qui se cache derrière. Dans l'avenir, l'artiste prévoit travailler avec le logiciel PhotoShop, qui lui permettra d'assembler les photos au gré de sa fantaisie, sans que rien n'y paraisse.

Les oeuvres d'Ève Cadieux et de François Cormier sont présentées à la Galerie des arts visuels, 255, boulevard Charest Est, jusqu'au 21 décembre. Heures d'ouverture: du mercredi au vendredi de 9 h 30 à 16 h 30, et le samedi et le dimanche de 13 h à 17 h.

ANNIE CARON
Programme Études-Travail