15 février 2001

Rebelles de jour

Des étudiantes au baccalauréat en arts plastiques éclairent la nuit de la femme sauvage. Celle qui court avec les loups

Portée par les idées mises de l'avant par la psychanalyste Clarissa Pinkola Estés, dans son ouvrage Femmes qui courent avec les loups, publié chez Grasset en 1996, Denise Cloutier, une coordonnatrice des expositions à l'École des arts visuels, a invité une vingtaine d'étudiantes au baccalauréat en arts plastiques à s'exprimer sur le thème de la "femme sauvage". L'intention n'était pas d'illustrer cette femme qui dormirait au fond de chacune, mais plutôt de lui lancer un appel, de lui offrir un moyen d'expression. À travers la peinture, le dessin, la sculpture et les techniques mixtes, chaque artiste a donc dévoilé une partie d'elle-même référant à sa vie intérieure. Le fruit de ce travail, rassemblé dans l'exposition "ReBelles", est présenté du 19 février au 2 mars, à la Salle d'exposition du pavillon Alphonse-Desjardins.

Selon Denise Cloutier, l'art agit chez la femme comme un catalyseur permettant de réveiller son intuition, ce pouvoir qui offre la possibilité de voir et d'entendre au-delà des sens humains, soit par l'esprit et le coeur. "L'acte de création, par son exigence de concentration, permet d'entrer en contact avec nos instincts, de prendre conscience de notre nature véritable et de les extérioriser, fait-elle valoir. Il suppose donc un mouvement allant de l'intérieur vers l'extérieur de soi. Et c'est cette démarche qu'ont suivi les exposantes." Une fois transposé dans leurs oeuvres, leur univers secret prend différentes formes, et révèle des préoccupations et des caractéristiques propres à la femme.

Des combattantes
Parmi ces préoccupations, figurent les combats, les luttes des femmes pour l'égalité. Par ses collages, où s'entremêlent coupures de journaux, vieux timbres, drapeaux, illustrations de chefs d'État, Mélanie Denis aborde à sa façon ces thèmes. Son voeu le plus cher : détruire le stéréotype de la femme douce et de l'homme violent. "Je veux démontrer que les femmes, au même titre que les hommes, peuvent avoir recours à la violence lorsque vient le temps de revendiquer un droit, dit-elle. La féminité s'exprime autant dans les scènes brutales, que dans celles plus pacifiques. Ignorer cet aspect revient à nier en partie l'identité de la femme." À saveur moins politique, les oeuvres d'Amélie Belzile mettent aussi en valeur la combativité des femmes. Mais cette fois, c'est leur courage, leur grandeur d'âme que l'artiste souligne. Pour se faire, elle peint des corps féminins grandeur nature. "En portant notre regard sur ces corps, on ressent une vive émotion, affirme-t-elle, car une énergie et une force s'en dégagent, celles de toutes ces femmes qui, par leur détermination, ont marqué l'histoire."

Le ballet des corps
Lucille Marcotte peint, elle aussi, des corps féminins, mais son point d'intérêt est tout autre: il est d'ordre physique. Elle poursuit en effet une recherche artistique sur le langage gestuel. À la limite de l'abstraction et de la figuration, elle met en scène des nus qui semblent émerger, flotter, danser et s'envoler dans des espaces cosmiques. Une impression créée par un subtil jeu de transparence des couleurs obtenu par la superposition de plusieurs couches de glacis à l'huile. "Pour insuffler une sensation de mouvement à mes nus, je les ai plongés dans l'univers évanescents des nébuleuses, ces grands voiles de gaz et de poussières interstellaires", explique-t-elle.

Karine Pednault se sert aussi du corps féminin, mais contrairement à ses collègues, elle ne l'illustre pas, elle s'en inspire pour peindre, sur tissus, des oeuvres abstraites. "En pensée, je me transporte à l'intérieur de la femme et me laisse guider par mes sensations, explique-t-elle. Il en résulte des oeuvres pleins de sensualité, aux couleurs chaudes, presque charnelles." De son côté, Sylviane k. Laflamme visite l'intérieur du corps de la femme et sculpte dans du bois de grève ses entrailles. Mais avant d'intervenir sur une souche, avant de créer, elle dit devoir se recueillir et méditer longuement, car le processus de création invite au ressourcement.

La Salle d'exposition du pavillon Alphonse-Desjardins est ouverte de 9 h à 17 h.

MÉLANIE BRÛLÉ
Programme études-travail