18 janvier 2001

 

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MOBILE ET DOCTEURE

Marie-Hélène Vandersmissen décroche le premier doctorat en aménagement du territoire et développement régional


"La vie est un voyage." Marie-Hélène Vandersmissen pourrait sans doute faire sienne cette phrase de Marcel Proust, elle qui est devenue, récemment, la première docteure en aménagement du territoire et développement régional à l'Université Laval.

À 16 ans, elle quittait sa Belgique natale avec ses parents pour venir s'établir au Québec. Par la suite, elle a obtenu un baccalauréat et une maîtrise de l'Université de Sherbrooke. Comme géographe, elle a ensuite travaillé six ans au Groupe de recherche en sécurité routière de cette même université. Ses études de doctorat, qu'elle a poursuivies à Laval, ont porté sur la mobilité géographique et professionnelle des femmes dans la région de Québec entre 1977 et 1996.
 
   Photo Marc Robitaille

Cette étape franchie, elle se tourne maintenant vers Montréal, plus précisément vers l'INRS-Urbanisation, où elle vient d'entreprendre un post-doctorat. "La mobilité est souhaitée par le cursus universitaire, précise-t-elle. Il est toujours bon de changer d'université."

Les femmes et le changement
La thèse de Marie-Hélène Vandersmissen porte sur une période marquée par de profonds changements sociaux et économiques. La place croissante occupée par les femmes sur le marché du travail et l'explosion du secteur tertiaire, c'est-à-dire des services, figurent au nombre de ces mutations.

"Dans les années 1970, rappelle-t-elle, bien des femmes commençaient à travailler, puis elles avaient des enfants. Celles, nombreuses, qui vivaient en banlieue, se retrouvaient captives, sans automobile parce que le conjoint l'utilisait pour se rendre à son travail, et avec peu ou pas de transport en commun. Elles prenaient donc les emplois disponibles à proximité, des emplois bien souvent à temps partiel, mais qui leur permettaient de rester disponibles à leurs enfants."

Les données obtenues lors de deux vastes enquêtes, menées en 1977 et 1996 par la Société de transport de la Communauté urbaine de Québec (STCUQ), ont servi de base à l'étude. Leur analyse a donné les principaux résultats suivants. Les femmes ont maintenant davantage accès à l'automobile familiale, mais les hommes en demeurent les premiers utilisateurs. En ce sens, on continue à voir plus de femmes que d'hommes se rendre à leur travail en autobus ou à pied. En outre, les femmes parcourent de plus grandes distances qu'avant pour aller travailler, mais ces distances sont plus courtes que celles couvertes par les hommes.

Ces résultats révèlent un gain de mobilité global pour les femmes puisqu'elles parcourent une plus grande distance, et en moins de temps, qu'elles le faisaient en 1977 pour se rendre au travail. Quant à savoir pourquoi les femmes parcourent des distances plus courtes que les hommes, les hypothèses abondent: revenus plus faible, difficulté d'accès au transport, responsabilités domestiques, etc.

Un écart persiste
Malgré le rattrapage observé, une mobilité inégale persiste donc entre hommes et femmes, ce qui se traduit par une aire d'emploi féminine réduite comparée à sa contrepartie masculine. Marie-Hélène Vandersmissen croit que la solution ne se trouve pas dans une augmentation de la durée des déplacements et de la distance parcourue et ce, afin d'élargir l'aire d'emploi. Cette approche entraînerait, selon elle, une augmentation de la pollution de l'air et amènerait les personnes à dépasser leur "budget-temps". L'idée de densifier les secteurs résidentiels et économiques apparaît, quant à elle, difficilement réalisable.

Il est maintenant loin le temps où un professeur de l'Université de Sherbrooke demandait à Marie-Hélène Vandersmissen pourquoi elle ne ferait pas un doctorat. "Pour moi, se souvient-elle, c'était quelque chose d'énorme." Son post-doctorat devrait lui permettre de pousser plus loin certains aspects de sa thèse de doctorat. "Je vais voir si je ne pourrais pas monter une enquête parallèle dans le cadre de la prochaine enquête de la STCUQ à l'automne, conclut-elle. J'aimerais interroger les femmes qui seront rejointes afin d'avoir une compréhension plus fine de leur mobilité."


YVON LAROSE