23 novembre 2000

TGN Biotech démarre


Une entreprise créée par deux professeurs de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, avec l'appui de l'Université, obtient 2,75 millions de dollars en fonds de démarrage

Depuis trois ans, François Pothier et Marc-André Sirard avaient un projet qu'ils colportaient d'investisseurs en banquiers et de banquiers en investisseurs. Les deux professeurs du Département des sciences animales étaient à la recherche des millions nécessaires pour démarrer une entreprise qui exploiterait une de leurs découvertes et qui donnerait de l'emploi aux diplômés de leur équipe du Centre de recherche en biologie de la reproduction.

Il y a longtemps qu'ils ont cessé de compter le nombre de soirées et de fins de semaine passées à planifier leur entreprise. "Jamais on n'aurait pu se douter que ça allait être aussi long, avoue François Pothier. On s'est accroché d'espoir en espoir et de promesse en promesse. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai dit à ma famille "Cette fois, ça y est!", pour découvrir aussitôt qu'une nouvelle étape s'ajoutait ou qu'un investisseur se désistait. C'est un jeu très coûteux en énergie et en temps. Nous étions bien naïfs. Heureusement, sinon nous aurions abandonné depuis longtemps."

Le chemin de croix des deux chercheurs a pris fin le 17 novembre alors que le Fonds de solidarité FTQ (1,5 million de dollars), Innovatech Québec (750 000 $) et le Fonds bio-alimentaire (500 000 $) annonçaient un investissement total de 2 750 000 $ dans TGN Biotech, l'entreprise de biotechnologie fondée par les deux professeurs. L'Université, qui détient des droits sur la découverte des deux chercheurs, a accordé une licence d'exploitation en échange d'un bloc d'actions de la compagnie et de redevances éventuelles.

Biotechnologie porcine
TGN Biotech inc. est une entreprise biotechnologique spécialisée dans la production de porcs transgéniques. Dans sa première phase de développement, elle veut mettre à profit une découverte des chercheurs Pothier et Sirard pour produire, dans les glandes séminales de porcs transgéniques, des protéines humaines possédant des propriétés pharmaceutiques. Il y a environ un an, les deux chercheurs annonçaient, dans la revue scientifique Nature Biotechnology, qu'ils avaient réussi à produire une souris transgénique qui synthétise un médicament - l'hormone de croissance humaine - dans ses vésicules séminales. Les chercheurs sont parvenus à insérer le gène qui code pour cette hormone dans le génome d'oeufs fécondés de souris. Une fois parvenues à maturité, les souris mâles synthétisent l'hormone de croissance dans leur sperme. Ce produit peut être isolé du sperme et utilisé à des fins pharmaceutiques.



Des emplois pour les diplômés formés au Centre de recherche en biologie de la reproduction et des redevances éventuelles pour l'Université


L'expérience chez la souris avait surtout pour but de démontrer la faisabilité du procédé pour lequel les chercheurs détiennent un brevet. C'est plutôt le porc qui est dans leur mire parce que cette bête produit entre 250 à 500 ml de sperme chaque jour. Présentement, le marché des protéines recombinantes est évalué à plus de 10 milliards de dollars et les produits que TGN Biotech compte fabriquer représentent un marché mondial d'environ 1 milliard de dollars. TGN veut également produire des porcs qui pourraient servir de modèle animal pour les études sur des maladies comme l'Alzheimer.

Des emplois ici
Au départ, l'entreprise créera huit emplois, dont six en R&D. Ces personnes travailleront dans les locaux que TGN a loués sur le campus et sur une ferme de la région de Lévis où seront produits les porcs transgéniques. "Nous espérons obtenir nos premières molécules commercialisables dans 18 mois", déclare François Pothier. Respectivement président et vice-président de l'entreprise, François Pothier et Marc-André Sirard entendent embaucher rapidement un directeur général qui prendra les commandes de la compagnie. Les deux chercheurs demeurent à l'emploi de l'Université et le temps qu'ils consacrent à TGN a fait l'objet d'une entente avec la direction universitaire.

Même au plus creux de leurs démarches de financement, les deux chercheurs tenaient mordicus à conserver les droits sur leur découverte. Ils ont même refusé une offre d'achat provenant d'une entreprise de l'Ouest canadien. "Nous voulions garder le projet ici pour créer des emplois pour nos diplômés, insistent-ils. Ça fait partie de nos responsabilités sociales. Si on ne le fait pas, quelqu'un va reprendre l'idée et créer des jobs ailleurs."

JEAN HAMANN