23 novembre 2000

LE COURRIER

LETTRE OUVERTE AU MAIRE JEAN-PAUL L'ALLIER
Je crois que vous avez droit à un repos fort bien mérité, M. L'Allier. Votre carrière politique (y compris votre passage à titre de titulaire du ministère de la Culture, il y a quelque vingt-cinq ans, à l'occasion du second mandat du gouvernement de M. Bourassa) reste à mes yeux un parcours de détermination, de "conscience collective" et d'intégrité dont peu de politiques peuvent s'honorer. Je le pense franchement, sans détour et sans l'ombre d'une flagornerie. Et ce bien que je ne vous connaisse pas personnellement ni ne vous ai même jamais, ne fût-ce qu'une seule fois, serré la main. Privément ou autrement.

Aussi le simple citoyen que je suis a-t-il l'impression en quelque façon d'abuser de vos "bons offices" civiques en exprimant ici publiquement le désir que vous présentiez à nouveau, lors du prochain scrutin municipal, votre candidature à titre de maire de la Capitale. C'est que, voyez-vous, à constater l'exécrable petitesse dont font preuve actuellement quelques-uns des maires de la communauté urbaine de Québec dans le dossier des fusions municipales - d'ailleurs entreprises courageusement par le gouvernement Bouchard (avec une population supérieure de 50 % à la nôtre, l'Ontario par exemple compte moitié moins de municipalités que le Québec : des chiffres qui parlent haut, on en conviendra) -, je préfère ne pas songer que l'un de ceux-ci puisse opportunément, à la faveur d'élections locales, se retrouver premier magistrat de la Capitale nationale.

Mme Andrée Boucher notamment, actuelle mairesse de Ste-Foy - et à l'égard de qui j'éprouvai autrefois un authentique préjugé favorable du fait, entre autres, du nombre trop restreint de femmes en postes de responsabilité au sein de notre société -, révèle au grand jour un être petit-politique et manichéen d'une turpitude démagogique telle qu'on n'en avait pas vu, ou sinon fort rarement, depuis plus de quarante ans au Québec. En outre, il est dommage de constater que parfois des femmes estimassent que l'égalité de leur sexe avec celui des hommes signifiât: être aussi bêtes que les plus bêtes d'entre eux... M. L'Allier, les citoyens ne sont d'aucune façon autorisés à presser jusqu'à plus soif le citron de votre dévouement à la Polis québécoise. Et il est en effet fort compréhensible que vous projetiez désormais de vous retirer honorablement de la vie publique. "J'ai donné!", pourriez-vous déclarer sans l'ombre d'une hésitation, et ainsi recouvrer vos terres avec en gibecière le sentiment du devoir accompli. Mais...

Si toutefois vous deviez vous rendre compte que la flamme de l'édile "naturel" que vous êtes ne s'est pas complètement éteinte, et que l'idée de continuer le chemin encore quelques années au service des "Capitaliens" ne vous répugne pas outre mesure, eh bien je vous conjurerai alors humblement de demeurer parmi nous. Pour ma part, si des individus de la trempe de Mme Boucher devaient éventuellement prendre les rênes de ce joyau du patrimoine mondial que constitue la Cité de Québec, et je l'affirme ici ouvertement et sans ambages, eh bien je quitterai la région dans les soixante jours.

Y en a vraiment marre de cette mentalité de village! Mes respects, monsieur le maire.

JEAN-LUC GOUIN
Résidant de Québec


CONGO: SÉRIEUSE VICTOIRE POLITIQUE POUR KABILA
Deux sommets internationaux sur la guerre au Congo se sont succédés ces dernières semaines. Les résolutions traduisent une révision fondamentale des accords de Lusaka. Une victoire politique majeure pour le président congolais Laurent Désiré Kabila. L'été dernier, un an après la signature des accords de Lusaka, c'était clair que ceux-ci n'apporteraient pas la paix. Ils attribuaient en effet un rôle essentiel au mouvement rebelle alors que celui-ci n'était pas du tout représentatif de la population congolaise.

Les armées rwandaise et ougandaise n'avaient pas mis fin à leur avancée, exigence stipulée pourtant clairement dans les accords. En outre, le dialogue entre le gouvernement congolais et ses opposants, armés et non armés, condition préalable au retrait des troupes d'agression, semblait totalement irréaliste. Ketumile Masire, imposé à Kinshasa comme négociateur pour ce dialogue, ne se comportait absolument pas en partie neutre mais bien plus en opposant ouvert de Kabila.

Enfin l'accord s'est avéré en totale contradiction avec les résolutions de l'ONU qui qualifient le conflit au Congo de guerre d'agression. Pourtant, en juillet, lorsque le gouvernement congolais a osé demander la révision des accords, cela a provoqué un tollé parmi les gouvernements occidentaux et la presse internationale. Pendant cinq mois, Kabila a été présenté comme le principal obstacle à la paix. Le 13 octobre, l'assemblée générale des parlementaires de l'Union Européenne et les pays ACP (75 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique) ont demandé une fois de plus au gouvernement congolais de "laisser tomber ses revendications de révision des accords de Lusaka et d'accepter Ketumile Masire comme négociateur dans le dialogue inter-congolais " (IRIN, 13 octobre 2000). Masire n'a laissé planer aucun doute quant à son parti pris: le 27 octobre, il a déclaré que Kabila "n'avait aucun intérêt dans le processus de paix et qu'il se cramponnait au pouvoir " (Panafrican News Agency, 27 octobre 2000).

Or ce même jour, six pays africains (Angola, Gabon, Congo-Brazzaville, Guinée Équatoriale, République Centrafricaine et Congo) ont signé la déclaration finale de leur conférence au sommet à Kinshasa, laquelle réduit à néant les positions de l'Union Européenne et de Masire. On y lit en effet que "les chefs d'État réaffirment que la République Démocratique du Congo a été l'objet d'une agression reconnue par le Conseil de sécurité des Nations Unies (...). Le processus de paix de Lusaka se trouve donc dans une phase difficile qui nécessite une révision en profondeur. Ils exigent le retrait inconditionnel des forces d'agression. (...) Ils s'en tiennent au principe du stationnement de troupes tampons neutres à la frontière" (communiqué final du Sommet, Kinshasa, 27 octobre 200). Une semaine plus tard, lors du sommet de Tripoli, l'Ouganda, le Rwanda, l'Angola, le Zimbabwe, le Mali, le Congo-Brazzaville, la Namibie et le Congo ont marqué leur accord sur le principe de forces armées africaines neutres qui stationneraient à la frontière entre le Congo, Rwanda et Ouganda.

Ainsi, la discussion sur la révision des accords de Lusaka tourne à l'avantage de Kinshasa. Ce qui toutefois ne garantit absolument pas la fin de la guerre. Paul Kagame, président du Rwanda, a fait savoir au lendemain du sommet qu'il n'était pas prêt à quitter le Congo. Les nationalistes congolais sont parfaitement conscients que les forces d'agression resteront le plus longtemps possible dans le pays pour piller tout ce qu'ils peuvent. Ces dernières semaines, l'armée congolaise a visiblement consolidé ses positions et la mobilisation contre les agressions se poursuit à Kinshasa. L'organisation qui regroupe des associations étudiantes congolaises a organisé le 11 novembre une grande manifestation à Kinshasa contre l'agression et le génocide au Congo Oriental.

TONY BUSSELEN et CHARLES KATEMBO
Étudiants au Département de sociologie