12 octobre 2000

Premiers cochonnets-éprouvette canadiens

La méthode ouvre la voie à la constitution de troupeaux porcins exempts de maladies infectieuses

Les premiers porcelets-éprouvette canadiens ont vu le jour sur le campus le 2 octobre. Cette première aupays a été réalisée par les chercheurs Marc-André Sirard, François Pothier et Mariève Bureau, du Centre de recherche en biologie de la reproduction (CRBR). Les quatre petits sont vigoureux et se développent normalement. Au niveau mondial, une seule autre équipe est parvenue à produire des cochonnets-éprouvette avant le CRBR.

Toutes les étapes de production de ces porcelets, de la maturation des ovules jusqu'à l'implantation, ont été réalisées en laboratoire. Les ovules proviennent d'ovaires prélevés sur de jeunes truies, à l'abattoir de Saint-Henri, et leur maturation s'est déroulée in vitro dans les laboratoires du CRBR. Quant au sperme, il provient d'un échantillon fourni par le Centre d'insémination porcine du Québec à Saint-Lambert.

Le transfert embryonnaire qui a conduit aux premiers cochonnets-éprouvette canadiens a été effectué par la vétérinaire Nicole Gravel. L'équipe de Pierre Castonguay du pavillon des Services a collaboré étroitement au projet. Le Conseil de recherches en pêche et en agroalimentaire du Québec et la Fédération des producteurs de porc du Québec ont apporté un soutien financier à cette recherche qui a nécessité trois années de travail.

Des porcs en santé
La technique élaborée par les chercheurs du CRBR possède une particularité qui laisse entrevoir l'intensification du recours au transfert d'embryons chez le porc. Les chercheurs ont implanté les embryons dans la mère porteuse au stade du blastocyste, soit environ 10 jours après la fécondation, une opération qui n'avait jamais été réussie précédemment. "Nous les avons implantés dans l'utérus par voie chirurgicale, explique Marc-André Sirard, mais notre approche ouvre la voie au transfert d'embryons porcins sans intervention chirurgicale, comme ça se fait déjà chez les bovins. Jusqu'à maintenant, la nécessité de recourir à la chirurgie limitait les transferts embryonnaires chez le porc."

Contrairement au cas des bovins, les transferts embryonnaires chez le porc ne visent pas la multiplication des meilleurs spécimens. Les porcs se reproduisent tellement rapidement - on parle d'une quarantaine de petits par an contre un chez la vache - qu'on procède à l'amélioration génétique du troupeau par sélection des descendants, signale Marc-André Sirard. Le transfert d'embryons chez le porc viserait plutôt la constitution de troupeaux exempts de maladies infectieuses. Le recours à des embryons débarrassés de virus et de bactéries, implantés dans des femelles porteuses de troupeaux déjà assainis, briserait la chaîne de transmission de la plupart des agents infectieux qui sévissent dans les élevage porcins.

Par ailleurs, le transfert embryonnaire ouvre la voie à l'amélioration génétique des élevages par l'introduction de nouveaux spécimens assainis. "Il est préférable d'introduire un embryon plutôt qu'un adulte dans un troupeau sain parce que le risque qu'il transporte une maladie est plus faible", précise Marc-André Sirard. Les producteurs de porcs accueilleront avec soulagement la mise au point de cette technique de transfert d'embryons, considérant la prévalence élevée des maladies porcines et les dépenses engendrées par ces fléaux.

JEAN HAMANN