28 septembre 2000

La grippe coupée de moitié

Le zanamivir, un nouveau médicament antiviral testé au Centre de recherche en infectiologie, réduit de plus de 50 % la durée des symptomes

Une grippe non soignée dure une semaine alors qu'une grippe traitée à coups de médicaments ne dure que sept jours, disait-on il n'y a pas si longtemps pour caricaturer l'impuissance de la médecine contre cette maladie. Ce temps semble révolu si on en juge par les conclusions d'une étude qu'ont rendu publique des chercheurs de la Faculté de médecine dans un récent numéro du Journal of Infectious Diseases.

Guy Boivin, Nathalie Goyette, Isabelle Hardy et Sylvie Trottier, du Centre de recherche en infectiologie, et leurs collègues manitobains Fred Aoki et Anthony Wagner, ont évalué l'efficacité d'un nouveau médicament antiviral, le zanamivir, en le testant sur une trentaine de sujets. Les patients devaient prendre la première dose de ce médicament en aérosol dans les deux jours qui suivaient l'apparition des premiers symptômes (fièvre, maux de tête, courbatures, maux de gorge, toux etc.). Ils devaient par la suite prendre deux doses quotidiennes de l'antiviral pendant cinq jours.

Les patients qui ont utilisé le médicament ont vu leurs symptômes disparaître après cinq jours de traitement alors qu'il a fallu 9,5 jours aux participants du groupe témoin pour se débarrasser de leur grippe. Le zanamivir semble agir très rapidement contre le virus; douze heures seulement après l'administration de la première dose, la concentration de virus avait diminué par un facteur dix alors qu'elle avait augmenté de près de quatre fois dans le groupe témoin.

Traitement rapide de rigueur
Pour chaque patient, la durée de l'épisode de grippe dépendait de la concentration initiale du virus et du temps écoulé entre l'apparition des premiers symptômes et la prise du médicament. "Plus le traitement contre l'Influenza commence rapidement après l'infection, plus les bénéfices du médicament semblent grands", notent les chercheurs. Aucune forme de résistance n'a été décelée chez le virus au cours des essais.

Commercialisé sous le nom de Relenza, le zanamivir a été homologué en novembre 1999 au Canada. Tout comme l'autre médicament prescrit contre la grippe ­ le Tamiflu -, il inhibe de la neuraminidase, une enzyme qui intervient dans la multiplication et la prolifération du virus de l'Influenza. Le zanamivir empêche les virus de se détacher des cellules infectées. "Les deux médicaments n'ont jamais été testés l'un contre l'autre au cours d'une même étude mais leur efficacité semble comparable, souligne Guy Boivin. Leur prix est similaire de sorte que les médecins vont devoir tenir compte d'autres facteurs dans le choix du médicament à prescrire. Par exemple, comme le zanamivir fonctionne par inhalation, certains patients âgés auront plus de difficulté à l'utiliser. Il possède cependant l'avantage d'être livré directement dans les voies respiratoires, à l'endroit même où le virus se multiplie."

Peut-on parler de victoire contre la grippe? "C'est une victoire bien relative, estime le chercheur. Il y a une amélioration significative de l'état du patient mais elle est loin d'être totale. Je dirais plutôt qu'on dispose d'un outil de plus pour combattre cette maladie. La vaccination demeure encore le meilleur moyen de lutter contre la grippe."

Selon Santé Canada, 4 millions de Canadiens attrapent la grippe chaque année et 75 000 d'entre eux doivent être hospitalisés. Entre 6 000 et 7 000 Canadiens, souvent des personnes âgées, décèdent chaque année des suites d'une grippe.

JEAN HAMANN