28 septembre 2000

Santé publique

Un "condom invisible" amélioré

Le virus du sida bientôt mis en échec par un gel développé au Centre de recherche en infectiologie?

Le "condom invisible" vient de faire un pas de plus vers la sortie du laboratoire. La semaine dernière, à Toronto, lors de la 40e Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy, une équipe du Centre de recherche en infectiologie a annoncé qu'elle avait réussi à intégrer avec succès un microbicide capable de prévenir l'infection au virus du VIH dans le gel utilisé pour fabriquer le "condom invisible".

Les chercheurs Jocelyne Piret, Julie Bestman-Smith, André Désormeaux, Rabeea Omar, Michel J. Tremblay et Michel Bergeron ont démontré que le condom invisible avec microbicide avait empêché la transmission vaginale du virus de l'herpès chez des souris de laboratoire. La barrière chimique que procure ce microbicide combinerait son action à la barrière physique du "condom invisible" pour prévenir la transmission du sida et des autres maladies transmises sexuellement. Rappelons que le "condom invisible", mis au point par l'équipe de Michel Bergeron, est un produit inodore, incolore et liquide à la température de la pièce, qui se gélifie instantanément à la température du corps formant sur les muqueuses une membrane imperméable aux agents infectieux.

Une application nouvelle
Le microbicide utilisé par les chercheurs est le laurylsulfate de sodium, un produit chimique utilisé en laboratoire pour effectuer la séparation des protéines. Il est également utilisé dans les savons, les shampoings et la pâte dentifrice pour ses propriétés antimicrobiennes. "Son utilisation contre le virus du sida est cependant une application nouvelle, souligne la chercheure Jocelyne Piret. Ce composé préviendrait l'adhésion du virus à la surface des cellules de la muqueuse vaginale."

Plusieurs laboratoires seraient présentement engagés dans une course pour la découverte de microbicides efficaces contre le virus du sida. L'équipe de Michel Bergeron vient d'adresser une demande à la Food and Drug Administration pour enregistrer le produit. Les études cliniques de tolérance devraient commencer d'ici la fin de l'année. Par la suite, si les résultats sont concluants, le produit sera mis à l'essai sur le terrain chez des populations à risque. Le Centre de recherche en infectiologie a mis au point un applicateur qui permet d'étendre le gel avec microbicide sur toute la surface de la muqueuse vaginale et du col de l'utérus.

Le condom invisible avec microbicide se veut une alternative au condom ordinaire pour prévenir la propagation du sida. Il est destiné aux femmes qui ne parviennent pas à négocier l'utilisation du condom avec leur partenaire sexuel.


JEAN HAMANN