8 juin 2000

Une terre de civilisations


La plus grande exposition présentée à ce jour au Musée de la civilisation met en valeur les liens importants qui nous rattachent à la Syrie dans les domaines de la pensée et des sciences

 La Mésopotamie, le palais de Mari, la reine Zénobie et sa ville-oasis Palmyre, saint Paul converti sur le chemin de Damas, la première grande dynastie islamique, terre des plus anciennes formes d'écriture et des premiers modèles d'agriculture voilà le legs de la Syrie. Ce sont ces 12 000 ans d'histoire qu'explore l'exposition Syrie, terre de civilisations, présentée en première nord-américaine, jusqu'au 7 janvier 2001, au Musée de la civilisation. Avec Syrie, terre de civilisations, le Musée de la civilisation se tourne vers l'un des plus anciens foyers de culture au monde et propose une réflexion sur les fondements mêmes de la civilisation. Rarement autant de trésors antiques ont été rassemblés. Certains des trésors nationaux qu'on retrouve dans l'exposition n'ont jamais été montrés hors de la Syrie.

 

Il y a plus de 12 000 ans, au Proche-Orient, des hommes ont commencé à organiser leur vie en groupe. Ainsi est née la civilisation. La Syrie se révèle l'un des plus anciens endroits au monde où ce long processus a été entamé. L'exposition explore ce phénomène à travers les trois grandes sphères d'organisation qui prévalent à l'émergence de la civilisation: la société, l'économie et la pensée.

L'expertise était à Laval
Syrie, terre de civilisations constituera sans aucun doute l'un des événements culturels marquants à Québec cette année et cet événement n'aurait pu être mis sur pied sans la précieuse collaboration de Michel Fortin, professeur d'archéologie à l'Université Laval. Détenteur d'un doctorat en archéologie de l'Université de Londres, ce dernier a dirigé, de 1986 à 1994, cinq campagnes de fouilles en Syrie, sur des sites datés d'entre 3000 et 2500 ans avant Jésus-Christ, notamment ceux de tell' Atij et tell Gudeda dans la vallée de Khabour. À titre de conseiller scientifique depuis 1995, Michel Fortin a élaboré la ligne directrice de l'exposition.

"L'Université Laval m'a dégagé de mes fonctions d'enseignant pour l'occasion, mais il ne faudrait pas croire que je ne joue plus ce rôle, estime Michel Fortin, car j'enseignerai à près d'un demi-million de visiteurs, au Québec seulement, les fondements de la civilisation. On accuse souvent les universitaires de travailler dans une tour d'ivoire, je pense que cet événement constitue une belle participation de l'Université Laval à l'éducation du grand public."

"Outre son expertise archéologique du Proche-Orient, Michel Fortin a su faciliter les contacts avec les autorités de douze musées syriens, dont, principalement, ceux de Damas et d'Alep, d'où proviennent la presque totalité des objets qui seront bientôt présentés à Québec ", souligne François Tremblay, directeur du Service des expositions internationales au Musée de la civilisation.

En raison de sa propre richesse culturelle et de ses liens avec les peuples voisins, la Syrie constitue le creuset de la formation des civilisations anciennes au Proche-Orient. Elle abrita dans l'Antiquité les Égyptiens, les Hittites et les Séleucides. Ce territoire, propice à la sédentarisation, a vu naître l'agriculture et se succéder divers groupes, notamment les Perses, les Byzantins, les Arabes et les Turcs, qui ont contribué, chacun à leur façon, à l'évolution de l'humanité, en développant des systèmes sociaux, économiques, intellectuels et artistiques.

"Certains se demanderont sûrement pourquoi on a choisi la Syrie, un pays du Proche-Orient, pour expliquer aux occidentaux ce qu'est une civilisation. Je dirais que c'est, d'abord, en raison de contraintes matérielles et scientifiques, puisque dans l'état actuel des connaissances ce pays représente l'endroit au monde où l'on peut trouver le plus d'anciens villages, mais c'est aussi pour montrer aux gens tout l'apport du monde oriental à la culture occidentale, notamment, dans le domaine des sciences, où les savants musulmans nous ont légué un héritage considérable", explique Michel Fortin.

Un parcours fascinant
Une civilisation se caractérise par une organisation sociale complexe qui possède un système hiérarchisé de classes sociales, géré par une élite politique. L'exposition aborde différents types d'organisations sociales qui ont pour objectif de faire participer les membres au développement de la collectivité: l'implantation des villages (dont le mode de vie est axé sur l'agriculture), l'émergence des villes qui exigent un système politique administratif - certaines d'entre elles deviennent des cités-États (Mari, Ebla) -, la constitution de royaumes et la formation de grands empires constitués de divers systèmes sociaux.

Toute société humaine cherche à assurer la survie de ses membres. Pour augmenter ou diversifier ses activités, on devait inventer ou intensifier des pratiques agricoles plutôt que de se satisfaire de la cueillette ou de la chasse des ressources alimentaires présentes dans l'environnement immédiat. C'est en Syrie que la culture des plantes céréalières et l'élevage des animaux ont été implantés pour la première fois dans le monde. De nouvelles tâches non liées à l'agriculture sont nées : transformation de matières premières, développement du commerce, gestion de la production et des échanges commerciaux. Toutes ces opérations ont nécessité un nouveau mode de gestion fondé sur le calcul et l'écriture.

Parallèlement à leur développement économique et social, les groupements humains établis en Syrie prennent conscience de l'univers qui les entoure. Ils se préoccupent également du rôle que chaque personne doit jouer dans cet environnement. Les membres de ces collectivités se construisent peu à peu une vision du monde. Ils tentent de définir les forces naturelles et surnaturelles. On assiste en somme à l'organisation des valeurs spirituelles: la notion du divin, les temples et les cultes, les rites funéraires jusqu'à l'apparition des grandes religions monothéistes.