9 décembre 1999

Profil

Profession: infirmière

Olive Goulet reçoit l'Insigne du mérite 1999 décerné par l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

Avec ses cheveux blonds élégamment tirés en arrière et son regard bleu azur empreint de sérénité, Olive Goulet personnalise la distinction même. On l'imagine très bien au chevet d'un malade, prodiguant de bonnes paroles à cet être déjà moins souffrant à la vue de cette belle dame à l'allure si douce et compréhensive. Infirmière dans l'âme, Olive Goulet a pourtant choisi de faire carrière dans l'enseignement, après avoir terminé son baccalauréat en sciences infirmières à l'Université de Montréal, en 1962, et ce, sous les conseils judicieux de la directrice de l'École des sciences infirmières qui voyait en elle "de la bonne graine de professeure".

"On m'avait dit que j'aurais davantage d'influence sur la profession dans l'enseignement que dans la pratique", glisse subtilement Olive Goulet, qui a investi 32 années de sa vie dans la formation infirmière et l'administration pédagogique, à l'Université Laval. Reconnaissant son apport exceptionnel à la formation infirmière au Québec et au Canada et, conséquemment, à la pratique infirmière, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) l'a nommée récipiendaire de son Insigne du mérite 1999.

Éduquer et former
En plus de détenir un diplôme d'infirmière de l'Hôpital Notre-Dame à Montréal, Olive Goulet possède un baccalauréat ès arts de l'Université de Montréal, un baccalauréat en sciences de l'éducation de l'infirmière de la même université et enfin, une maîtrise en nursing de la Catholic University of America de Washington, D.C. C'est dire l'importance qu'elle accorde depuis toujours à l'éducation et à la formation, non seulement pour elle-même mais pour toutes les personnes qui se destinent à la profession d'infirmière ou d'infirmier. Jeune professeure à l'Hôpital Notre-Dame, au début des années 1960, Olive Goulet portait déjà un regard critique sur l'enseignement en soins infirmiers, le trouvant tout à fait "déconnecté" de la réalité, pour employer sa propre expression.

"Au lieu de commencer par mettre l'infirmière à l'aise avec son patient, on lui laissait donner des injections dès le début de sa formation, une tâche dont l'infirmière s'acquittait le plus souvent en tremblant, à cause de son manque d'expérience, révèle Olive Goulet. Il y avait beaucoup de rigidité à l'époque, la technique, les protocoles et les procédures prenant le pas sur tout. Je voulais contribuer à changer cette situation. "

Nommée professeure adjointe à l'École des sciences infirmières de l'Université Laval qui vient alors d'ouvrir ses portes, en 1967, Olive Goulet assume la création et la responsabilité de cours de pointe comme Leadership en soins infirmiers et Problèmes actuels de soins infirmiers, où elle incite fortement ses étudiantes à réfléchir sur la profession d'infirmière et à son rôle dans la société. Ouverte sur le monde, elle leur parle des perspectives de développement de la profession, au Québec et ailleurs, partant du principe que "pour choisir, il faut connaître". "J'ai toujours cherché à développer les capacités et les aptitudes chez l'infirmière, afin qu'elle soit apte à poser un jugement critique sur la profession et le comportement professionnel", soutient-elle.

Pionnière et bâtisseuse
Convaincue que les étudiants en sciences de la santé doivent développer un langage commun, Olive Goulet crée, en 1973, le cours Problématique de la santé, l'un des premiers cours ouverts à une clientèle multidisciplinaire à l'Université Laval. Directrice de l'École des sciences infirmières, de 1984 à 1990, Olive Goulet ne ménage aucun effort afin d'améliorer et de rehausser le niveau de formation des infirmières. Sous sa gouverne, en 1986, un diplôme d'études supérieures est mis sur pied à l'École, de même que l'offre d'un programme de maîtrise en sciences infirmières, quatre ans plus tard. Travaillant activement à ce que l'École obtienne le statut de Faculté, elle voit ses efforts couronnés de succès, lorsque la Faculté des sciences infirmières voit officiellement le jour, en 1997.

"Tout au long des 32 années pendant lesquelles elle a oeuvré à l'Université Laval, Olive Goulet a toujours été en quête de l'excellence et s'est construit une réputation de pionnière et de bâtisseuse", affirme Linda Lepage, doyenne de la Faculté des sciences infirmières. "Dévouée aux étudiants et à l'institution, sa carrière a définitivement marqué le développement du champ d'études des sciences infirmières à l'Université Laval et l'avancement de la discipline et de la profession aux plan national et international."

La qualité de la vie
En 1993, Olive Goulet a publié un ouvrage collectif intitulée La profession infirmière, valeurs, enjeux et perspectives, dans lequel elle réaffirme et développe son credo, celui de la professionnalisation de l'infirmière. "Alors que, par le passé, le soin des malades a longtemps été considéré comme une vocation quasi religieuse dont le rituel se transmettait oralement de génération en génération, il en est tout autrement dans les années 1990", écrit-elle dans l'introduction de ce volume publié chez Gaetan Morin éditeur. "Il est question de la profession d'infirmière, de sciences infirmières, de l'art de soigner, du besoin de formation universitaire pour exercer cette profession, de recherche en soins infirmiers, d'autonomie professionnelle, de pouvoir et de la participation des infirmières à la définition de la politique de la santé."

Si le 31 août 1998 marque le début officiel de sa retraite, Olive Goulet dit n'éprouver aucun envie de se reposer sur ses lauriers. Venant tout juste de faire publier chez le même éditeur un second ouvrage, Soins infirmiers et société, elle en est actuellement à l'ébauche d'un troisième volume dans ce domaine qui lui tient tant à coeur. "Je vois l'infirmière comme occupant une place de choix dans le système de distribution des soins de la santé, soutient-elle. C'est elle qui détient l'information concernant le malade. Actuellement, les soins ne sont pas organisés pour donner la possibilité aux infirmières la possibilité de jouer pleinement leur rôle. La lourdeur de la bureaucratie empêche qu'elles puissent agir comme des professionnelles de la santé."

En même temps, Olive Goulet estime que "ca ne va pas si mal dans les hôpitaux". "Ni bon ni mauvais, le concept de virage ambulatoire est un concept universel qui cause des problèmes lorsqu'il n'est pas bien appliqué. Chose certaine, en toutes choses, il faut ne jamais perdre de vue la qualité de la vie."

RENEE LAROCHELLE