2 décembre 1999

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Notes de voyage

Chargé de cours à la Faculté de musique, le compositeur Denis Dion donne sa pleine mesure en signant "Cartes postales de Trois-Rivières"

Denis Dion caresse un beau rêve: faire de la musique de film avec un grand orchestre. "Souvent, je vais au cinéma juste pour entendre la trame sonore du film ", avoue d'ailleurs cet homme à la voix chaude et enveloppante, pour qui la musique constitue l'essence même de la vie. En attendant de réaliser ses aspirations les plus élevées, Denis Dion a donné toute la mesure de son talent, le 13 novembre, à la Salle J.Antonio-Thompson de Trois-Rivières, alors que l'Orchestre Symphonique de Trois-Rivières présentait, en première mondiale, sa dernière création, Cartes postales de Trois-Rivières, entre un Concerto pour piano et orchestre de Rachmaninov et une Suite symphonique de Rimski-Korsakov.

À une époque où les gens se font un peu tirer l'oreille quand il est question de musique contemporaine, on comprend aisément que l'affaire représentait tout un défi à relever pour Denis Dion. "Les commentaires que j'ai reçus de la part des gens à la sortie de la salle étaient très positifs, souligne le compositeur. Plusieurs m'ont même affirmé qu'ils avaient eu l'impression de "voir" leur ville à travers quelques-uns des accords et dans certaines sonorités. Je suis heureux que l'écoute de l'oeuvre leur ait procuré du plaisir."

La poésie au coin de la rue
Du plaisir, Denis Dion en a aussi éprouvé en arpentant les rues de cette ville d'ores et déjà connue sous le vocable de "Capitale mondiale de la poésie". En recevant la commande du chef attitré de l'orchestre, Gilles Bellemarre, au printemps, l'idée de créer une oeuvre à partir de "l'âme" de la ville a germé dans son esprit. Les rues du vieux Trois-Rivières regorgeant de plaques et de sculptures dédiées à la poésie, l'artiste a écrit sa musique en s'inspirant de quatre lieux bien précis qui correspondent à autant de sections de ses "cartes postales": "Coin Des Forges et Notre-Dame"; "Place du fleuve ­ 1992"; "Rue des Plaine" et enfin, "Hommage au poète inconnu". Ayant eu vent que l'orchestre possédait une excellente section percussion, Denis Dion n'a pas manqué de mettre en valeur cet atout naturel dans son jeu.

Fait original, l'orchestre ne fait pas qu'interpréter la musique mais intervient verbalement, alors que chaque groupe de musiciens récite à tour de rôle le nom des poètes dont on peut lire les vers égrenés dans la ville: Louis Fréchette, Pierre Dansereau, Alain Grandbois, Clémence Desrochers, Paul Chamberland... "Le public s'est montré un peu étonné devant cette façon de faire plutôt inhabituelle pour un orchestre, révèle Denis Dion. À la fin de la pièce, quand les instruments se taisent et que ne subsistent plus que les voix, l'effet est assez saisissant."

Une écoute plus active
Détenteur d'une maîtrise en composition de l'Université Laval (1983) et d'un doctorat en musique de la University of Southern California (1987), Denis Dion a remporté plusieurs distinctions au Canada, aux États-Unis et en Europe. Il a composé un grand nombre de commandes pour des orchestres canadiens et étrangers ainsi que pour le cinéma (musique électroacoustique).En plus d'enseigner au Conservatoire de musique de Québec, Denis Dion assume la responsabilité du cours Formation à la vie culturelle à l'Université, où il initie entre autres les étudiantes et les étudiants à différents genres musicaux et à une écoute plus active de la musique. "Il faut piquer la curiosité des gens pour leur permettre de continuer à apprécier davantage la musique et à faire leurs propres découvertes", se plaît à dire ce grand amateur de Mozart et de Rachmaninov.

Interrogé sur le manque d'intérêt du public pour la musique contemporaine, Denis Dion croit que dans le domaine musical comme dans tous les autres domaines, les gens doivent faire preuve d'ouverture et d'une certaine préparation: "À l'instar d'un tableau de Picasso, il ne s'agit pas de dire d'une oeuvre qu'on l'a aimée ou qu'on ne l'a pas aimée, mais plutôt de savoir comment on l'a reçue, dans son coeur et dans sa tête." Pour sa part, le compositeur compte bien faire voyager ses Cartes postales de Trois-Rivières, en les proposant à d'autres chefs d'orchestre, de par le vaste monde de la création.

RENÉE LAROCHELLE