2 décembre 1999

Trop jeunes pour Nez rouge?


Pendant la période des Fêtes, 20 % des conducteurs québécois de 18 à 24 ans prennent la route avec des facultés affaiblies au lieu d'appeler les bénévoles de l'Opération Nez rouge

Les jeunes adultes connaissent bien l'Opération Nez rouge mais ils n'y font pas appel outre mesure, si on en juge par une enquête menée auprès de 544 personnes par des chercheurs de l'Université. En effet, au moment de l'enquête, à la fin de 1994, le taux de notoriété de Nez rouge flirtait avec les 100 % chez les Québécois âgés de 18 à 24 ans mais seulement 17 % de ceux qui reconnaissaient avoir trop bu pendant la période des Fêtes avaient utilisé ce service. Ceux qui n'avaient pas fait appel à Nez rouge se faisaient raccompagner par un ami sobre ou par leurs parents (46 %), ils prenaient un taxi (5 %) ou ils avaient recours à d'autres stratégies (12 %) au lieu de prendre le volant. "Ce n'est pas une mauvaise chose en soi", estime l'un des auteurs de l'étude, Michel Lavoie du Département de médecine sociale et préventive. "Le service offert par Nez rouge est important mais il doit être vu comme complémentaire aux autres comportements de prudence au volant, notamment réduire sa consommation d'alcool ou se faire reconduire par un chauffeur de taxi, par un ami ou par un parent. D'autant plus que, contrairement à Nez rouge, ces alternatives sont disponibles à longueur d'année."

Il reste que 20 % des jeunes ont admis avoir pris le volant avec les facultés affaiblies pendant la période des Fêtes, ce qui fait une horde de conducteurs dangereux sur les routes puisque près de 300 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans possèdent un permis de conduire au Québec. Michel Lavoie et ses collègues Gaston Godin, de la Faculté des sciences infirmières et Pierre Valois, de l'UQTR, ont donc cherché à identifier, auprès du même groupe de répondants, les facteurs qui influençaient l'intention d'utiliser les services de Nez rouge.

L'article qu'ils publient sur la question dans un récent numéro de la revue scientifique Journal of Community Health nous apprend qu'il y a loin de la coupe au téléphone. En effet, 52 % des répondants disent qu'ils ont l'intention de faire appel aux services de Nez rouge la prochaine fois qu'ils auront trop bu pendant la période des Fêtes, ce qui est loin du 17 % observé dans les faits. "Nous ne sommes pas surpris qu'il n'y ait pas adéquation parce que l'intention est un des déterminants du comportement mais il y a beaucoup d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte", explique Michel Lavoie.

Les jeunes, l'alcool et l'automobile
Les chercheurs rapportent également que l'alcool et l'automobile vont encore trop souvent de pair chez les jeunes. Dans les six mois précédant l'enquête, environ le quart des répondants ont conduit une automobile avec des facultés affaiblies. Pendant la même période, environ 30 % des répondants sont montés dans une automobile conduite par un chauffeur aux facultés affaiblies.

Après avoir analysé les facteurs qui freinent le recours à Nez rouge chez les jeunes conducteurs, les chercheurs proposent aux responsables de l'Opération de réduire le temps d'attente des personnes qui appellent pour se faire raccompagner et de contrecarrer l'idée que l'automobile sera conduite par un étranger. Il faut aussi s'assurer que le numéro de téléphone de Nez rouge soit bien en vue dans tous les lieux de festivités et apprendre aux gens l'art de persuader un conducteur ivre de laisser quelqu'un d'autre conduire à sa place. Finalement, si le conducteur refuse d'utiliser Nez rouge, il faut l'encourager à avoir recours à une alternative plutôt que de prendre la route.

Les chercheurs ont livré leurs conclusions aux responsables de l'Opération Nez rouge il y a plusieurs mois déjà. "L'étude est venue confirmer des choses qu'on soupçonnait déjà, commente le directeur général de l'Opération de Nez Rouge au Québec, Daniel Lépine. Nos orientations étaient bonnes, de sorte que nous avons continué dans la même direction."

L'âge moyen des "clients" de Nez rouge, 33 ans, est stable depuis plusieurs années. "On pourrait essayer de mieux cibler les jeunes, mais nous avons plutôt opté pour un message général, non moralisateur, qui vise à rejoindre un peu tout le monde, explique Daniel Lépine. Par contre, on visite maintenant les écoles secondaires pour sensibiliser les jeunes conducteurs aux risques posés par l'alcool au volant."

JEAN HAMANN