2 décembre 1999

Les "emplois d'avenir" en cachent beaucoup d'autres

Le coeur du problème de l'emploi, à l'heure actuelle, ne serait pas le manque de débouchés, mais celui de nos mentalités face au travail, selon le consultant Mario Charette, conférencier invité, le 17 novembre, par le Service d'orientation et de counseling, à présenter les marchés créateurs d'emplois à l'aube du 21ième siècle. Les employeurs n'embauchent plus, affirme-t-il, ils répondent à des problèmes urgents. Il faut donc cesser de penser en termes de fonctions et se demander, plutôt, comment notre bagage de connaissances pourrait être utile aux entreprises devant les enjeux actuels. Les carrières d'avenir correspondent, selon le conférencier, à celles qui graviteront autour de la nouvelle donne mondiale: la globalisation des marchés.

Titulaire d'un baccalauréat en orientation et counseling de l'Université Laval, Mario Charette publie chaque samedi une chronique dans La Presse intitulée "Cyber emploi". Travailleur autonome depuis trois ans, il s'occupe d'aider les candidats au travail à trouver leur place dans la nouvelle économie. Il offre aussi un service conseil, via Internet, destiné aux jeunes. Il a également participé à la rédaction d'un guide des carrières d'avenir.

Des débouchés inattendus
Lorsqu'on aborde la question des emplois d'avenir, les domaines reliés aux sciences et aux technologies ressortent systématiquement, et à juste titre, soutient Mario Charette, car ils constituent les voies les plus prometteuses. Par ailleurs, ceux qui ne s'identifient pas à ces profils ont tort de penser qu'il n'y a pas de débouchés sur le marché du travail pour eux, fait valoir Mario Charette, puisqu'à ces champs se greffent divers emplois offerts à des diplômés provenant d'autres disciplines. L'industrie pharmaceutique, par exemple, engage des professionnels en sciences, certes, mais aussi en gestion de projet, en comptabilité, en marketing et en relations publiques.

"Face aux bouleversements socio-économiques des dernières décennies, plusieurs personnes et aussi de nombreuses entreprises se sentent démunies et ressentent le besoin d'être accompagnées", explique Mario Charette. Donc, à son avis, les métiers répondant à ces enjeux prospéreront dans le siècle à venir. Il cite, entre autres, la planification financière personnalisée, la mise au point d'outils de gestion des ressources humaines tenant compte des flux importants de main-d'oeuvre et le développement de thérapies orientées sur le contrôle de l'anxiété et du stress.

Le vieillissement de la population représente un autre défi majeur qui touche à la fois les domaines de la santé, où il apparaît urgent d'offrir des services à domicile, du tourisme et des loisirs, où il importe de développer des activités adaptées à cette clientèle en croissance, et le commerce, puisque les gens plus âgés préfèrent les services personnalisés et les produits fins, souligne Mario Charette.

Par ailleurs, le consultant s'en prend au type d'enseignement dispensé dans les universités québécoises francophones. Les baccalauréats spécialisés ne répondent pas, selon lui, aux besoins des entreprises et c'est une des raisons qui expliquent, croit-il, que certains diplômés rencontrent davantage de difficultés à intégrer le marché du travail. La mondialisation, par exemple, qui sous-tend la multiplication des relations entre diverses cultures, devrait créer des ouvertures intéressantes pour les anthropologues, mais ce n'est pas le cas "parce qu'ils ne connaissent rien à la culture d'entreprise et aux exigences du marketing."


MÉLANIE BRÛLÉ
Programme Études-travail